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Interminable et clandestine attente pour un travail, que chaque jour il vient quémander, conscient du danger qu'il court, espérant échapper, une fois encore, au traitement réservé aux sans-papiers.

 

Quatre heures du matin. Il est là, dans cette file. Il n'a pas dormi. Il n'a pas mangé. Il a marché des kilomètres pour se trouver ici. On lui a donné un ticket : le numéro cent.

-         Mais a-t-il dit, hier on m'a dit que j'aurais droit…

-         Il fallait arriver plus tôt. C'est comme ça. Bon, tu le prends ton ticket. J'ai pas que ça à faire.

« Je suis le centième. Et derrière moi, combien n'auront pas de travail, encore aujourd'hui ? »

-         On a besoin de cinquante personnes.

Les cinquante embarquent dans les camions.

 

Slimane les regarde partir.

Revenir demain, encore et encore. Sans papiers, sans argent. Là-bas, au pays, où il a tout laissé, ils attendent l'aide, pour manger, s'habiller, aller à l'école.

On lui avait dit…on lui avait dit quoi ? Qu'il y avait du travail pour tout le monde ; qu'il gagnerait bien.

Alors il a vendu son troupeau de chèvres faméliques, s'est endetté jusqu'au cou pour payer son voyage.

Il y eut la route dans le désert, le vent et la poussière qui brûlent les yeux. Au fur et à mesure du trajet, d'autres l'avaient rejoint.

Entassés sur un bateau ;secoués à en être morts de peur, chaque vague inspirant la terreur.

Il aurait voulu prier, mais le manque d'espace l'en empêchait.

Ce calvaire prit fin, à l'approche d'une grève.

Silencieusement, malades, hagards, usés, les hommes débarquaient. Si loin de chez eux, mais l'espoir, pour ces clandestins, les faisait s'accrocher à la vie.

Slimane prit son chemin. Le froid s'emparait de lui. Mais il voulait l'ignorer. On lui avait parlé d'un endroit pour s'installer. Il le découvrit, au milieu de nulle part. Planches assemblées, plastiques et chiffons usés, se voulant abri humain. Il comprit vite qu'il devait lui aussi se construire un refuge, pour survivre.

Le lendemain, il partit à la recherche de ce travail libérateur. Puis le lendemain, le surlendemain…I lfallait ruser avec la police, pas de papiers, garde à vue, fouilles, centre de rétention, insultes, humiliations, brutalités, expulsion menottes aux poignets. Traités comme des criminels.

Parfois, il bénéficiait de chaleur humaine. Des bénévoles d'associations caritatives, allant à sa rencontre, lui donnaient nourriture et conseils, accompagnés de ce réconfort amical et désintéressé.

Aujourd'hui Slimane ne sait plus. Où aller ? Vers quoi ?

Certains, désespérés, vendent de la drogue. Argent vite gagné.

Slimane ne veut pas decette vie. Il ne vendra jamais de poudre blanche.

 

                                     

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