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C'est ce que me demande la corbeille à papiers. Je viens d'y lancer ma énième, centième ? Boulette de papier.

-         Je suis fatigué, pleurniche mon crayon.

-         Cartouche encre noire, niveau très, très bas, clignote l'imprimante.

Les lettres du clavier s’emmêlent, me sautent aux yeux ; mais je ne m'avoue pas vaincue.

Mes doigts, paralysés, tentent de déclarer forfait. « Holà, leur dis-je, vous ne vous en tirerez pas comme ça ; rappelez-vous le pacte que nous avons signé, le jour de ma naissance. »

Je leur sors un vieux bavoir, sur lequel sont brodés deux mains et ce mot : « Les menottes de Linotte. »

Mince, menottes…attention Line, terrain glissant, Line.

-Tête de linotte, tête de linotte, ricanent mes mains.

- Espèces de vieilles pinces à crabe, je leur rétorque.

Mes mains ont leur fierté, et n'aiment pas que je leur rappelle leur défaillance. Arthrose, ongles cassants, taches brunes…

-         Allez, on tape.

-         Tu as encore oublié un espace. Tu me fatigues à la fin, dis-je, m'adressant au majeur.

-         Regarde un peu ce que tu viens d'écrire. Je ne t'ai pas dicté désert, mais dessert. Tu fais de plus en plus de fautes, toi qui étais bon en orthographe.

L'auriculaire, dans son coin, rigole : « Il devient dur de la feuille. »

Le majeur piqué au vif tape :« Le riquiqui est juste bon à nettoyer les égouts. »

S'ensuit un échange d'insultes, que je ne peux vraiment pas rapporter ici.

- Ça suffit, cessez vos marionnettistes, tonne le pouce.

Tout rentre dans l'ordre. Enfin presque.

Mon œil droit papillonne. Très mauvais signe. Je me frotte l'œil ; c'est pire.

L'index vient à la rescousse, m'enlevant une poussière.

J'écris, j'écris des kilomètres de mots, à en faire le tour de la terre.

Quand l'histoire s'achève, ma tête asphyxiée, mes jambes engourdies se préparent au repos.

J'entends :« Il est pas trop fatigué l'annuaire ! »

«  Je suis pas l'annuaire, espèces d'analphabètes, je suis l'annulaire ! »

Et c'est reparti.

« Ouais, moi je préfèrerais être un annuaire, ça sert à quelque chose, au moins. »

Pauvre annulaire, toujours mis en boîte par ses frères.

Demain matin, je le récompenserai. C'est lui qui aura l'honneur de tapoter la poudre sur mon visage. Belles disputes en perspective.

 

Tag(s) : #Textes des auteurs
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