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Vous venez de toucher votre paye ou votre allocation, vous vous précipitez au supermarché  pour faire le plein du nécessaire et comme votre compte n'est pas encore à découvert, de petits extras que seul votre optimisme débordant d'être momentanément pleins aux as vous amène à envisager. Rayon par rayon, vous regardez tout et êtes confrontés à l'envie d'acquérir des objets dont vous ignoriez l'existence ou qui vous laissaient jusqu'alors indifférents. Cette proposition est aussi valable pour les magasins de bricolage, de vêtements…ou même pour les enseignes spécialisées dans l'équipement des véhicules automobiles.

 

Du quinze au vingt-cinq, je dépéris, je m'étiole.

Je stationne devant des programmes T.V. indignes de mon désir de connaissance.

Je me déconnecte d'un monde tentateur. Même la nature, que je ne peux plus parcourir qu'en voiture, arthrose de la hanche oblige, m'aguiche. Viens me voir…Elle est bien bonne, celle-là. A-t ‘elle trouvé la solution pour remplir mon réservoir à pas cher.  Respirer devient un exploit. Je me mets entre parenthèse. Je crains le courrier que je ne vais plus chercher et plus encore le téléphone de la banque. Je ne sors plus…j'attends…J'attends le vingt-cinq, date du virement de ma pension.

Là, dès potron-minet, je m'active, me pars de mes plus beaux atours, me maquille et trompe ensuite le temps qui me sépare de l'ouverture de la grande surface par des palliatifs que mon impatience rend insipides. Pourquoi tant de préparatifs et de soins ?  Parce qu'enfin, je peux, pour la première et l'ultime fois DEPENSER.

Deux heures avant, si ce n'est plus, le crayon tremblant, j'établis une liste, alignant consciencieusement les achats incontournables. Cette  liste,  immanquablement je l'oublierai à  la maison, distraction qui m'obligera à parcourir tous les rayons d'un magasin dont le marketing ne demandait que ça. Entre prix cassé, super-promos et autres ristournes, mes bonnes résolutions de faire durer le budget au-delà du terme raisonnable du quinze sombrera avec en guise de consolation ce vieil adage qui a fait ses preuves « Après moi le déluge ! ».

J'arrive à me trouver des besoins qui, avant d'être en présence de sa manifestation objectale en monnaie sonnante et trébuchante ne m'avait jamais effleuré l'esprit.

En témoigne ce thermomètre culinaire avec sonde pour essayer de saisir la viande à cœur dont je ne me servirai qu'à de rares occasions quand je  cuisinerai un rôti de bœuf, ce qui reste très hypothétique au regard du prix au kilo de la dite viande. Il me reste le fumeux rêve de réaliser des pommes soufflés que je recule par manque d'huile ou de pommes de terre, de casseroles disponibles ou et c'est souvent le cas, par manque de volonté tant parfois le désir est supérieur à sa réalisation. La pomme soufflée, en matière culinaire, est une des étapes de mon Saint Graal. Autant dire que franchir ce cap induit la frustration d'y être arrivé.

A ma grande honte ne figurera pas non plus le magnifique mannequin aux mensurations réglables, dont le prix d'achat est supérieur à cent euros, que je trouve encombrant  et qui me sert au final de valet de nuit. J'ai trouvé mieux pour adapter mes créations à mon corps, ma propre fille, moulée à ma louche qui en plus peut, en esquissant les mouvements que je lui demande, faire vivre le vêtement.

Ne parlons pas de l'appareil qui transforme l'étale d'un bain normal en bouillonnement et qui ne s'usera que quand je m'en servirai. Celui-ci, à coup sûr, figurera en bonne position dans mon héritage en parfait état de marche malgré son obsolescence programmée.

Cette liste macabre d'objets, à défaut d'une fortune que j'ai été inapte à amasser, s'enorgueillira des coups de cœur dont l'utilisation est par trop fatigante. Ajouterais-je pour faire bonne mesure les haltères, l'appareil à steps, le rameur qui au gré des campagnes télévisés de l'effort nécessaire à la bonne santé sortent ou se cachent dans le placard. Encore n'ai-je jamais eu les moyens de m'offrir des instruments plus perfectionnés que j'aurais sans nul doute autant abandonnés, la première excitation passée.

Que dire de cette sorbetière qui ne fabrique aucun sorbet.

Que dire de cette yaourtière qui est restée emballée parce que je n'ai jamais en même temps le lait, le ferment et l'arôme.

Ma dernière lubie : l'appareil à soda qui a rejoint les oubliés des coups de cœur quand mon tour de taille a dangereusement enflé.

 

 

Si je combinais ce que je possède, instruments à créer des calories avec ceux à en perdre, à grand renfort de temps à gaspiller, peut-être arriverais-je à un équilibre. Sauf que…

J'ai la flemme…

J'ai envie d'autre chose que de cette POUDRE aux yeux, cette consommation qui renforce mon DESERT affectif, l'espace d'un instant j'ai l'impression de pouvoir y échapper, un CENTIEME de seconde, autant dire une POUSSIERE d'heure, et pourtant, le vingt-cinq, la fleur au fusil je me précipiterai.

Se parer de matériel pour calmer ses angoisses existentielles. Efficace à court terme  mais après ?

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