Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Il m'est tombé dessus, il s'est jeté sur moi. J'arrivais près du comptoir, les bras chargés de livres et de disques, cadeaux que j'allais offrir autour de moi. C'était l'approche de Noël. Un 
renseignement à demander, l'attente d'un vendeur, et là, tout près de ma main, cette sorte de carnet, peut-être un agenda...

"Le galant de Paris, itinéraire élastique d'un amoureux transis" Elastique comme le lien qui garde le livre fermé.

J'entrouvre, je feuillette, je ne regarde pas le prix, je suis emballée, conquise, j'emporte. Pas un, deux livres, ...le troisième... sera pour moi... plus tard.



Un premier survol m'inspire. Des mots affluent dans ma bouche, au bout de mes doigts. Quelques lignes sont tracées, que j'insère dans les paquets. J'en envoie un, je place l'autre dans les sabots.



Et chaque jour je pense à ce livre. Quand vais-je pouvoir le lire? Le lire vraiment, le regarder aussi car il ne contient pas que des mots, il y a les images, les photos d'objets et de bouts de vie, les couleurs, l'originalité de la conception.



Ce livre traîne, il était même par terre, hier matin. On dirait qu'il ne plaît pas. A peine feuilleté, déjà refermé, oublié. Et puis la personne est partie et son livre est resté. Les jours passent, et moi, je passe devant le livre, je regarde sa couverture, je n'ose le toucher. Ai-je le droit de le lire? Il n'est pas à moi... Quand elle reviendra, elle l'emportera. Elle revient demain.



Alors en fin d'après midi, jour froid de janvier, je me décide. Je lirai le livre aujourd'hui, je ne me coucherai que lorsqu'il sera fini.


Papier froissé dans la cheminée, brindilles, pommes de pin, branches, grosses bûches, provision de bois à portée de main. De quoi nourrir le feu pour plusieurs heures.



Je m'installe sur l'avant-dernière marche de l'escalier qui vient mourir devant le foyer. Le dos contre le muret qui fait office de rampe. Un coussin sous le coude.

Un escalier n'est pas des plus confortables, mais le feu ronronne, ronfle dans la cheminée. On entend son souffle dans l'immense volume de la pièce. Sa chaleur et sa lumière rayonnent. Peu à peu il emplit le vide, l'insupportable vide.



Je plonge dans la première page. Ne pas aller trop vite, se laisser imprégner par les sonorités, le rythme tout en délicatesse. Bientôt l'espace se remplit d'un étrange sentiment. Une force s'échappe du livre. Le livre exhale les émotions que l'auteur lui a confiées. 
Etrange serrement dans la poitrine ou peut-être vibrations. Besoin de respirer, reprendre son souffle. Rester calme, se laisser porter.



Des mots, mes mots qui ressemblent à ses mots arrivent et j'ai besoin de les garder. J'enfile les mots comme on enfile les perles. Perles noires, perles brillantes, mes colliers sont des phrases qui filent et s'étirent en sourires, en tendresse. Les pages se remplissent, le 
regard se perd. Rêve.



Reprendre le cours, au fil des heures du temps qui passe, se laisser guider de feuilles en fleurs, de pétales en coeurs, de coeur en coeur. Battements, discrètement, dans un souffle. Tant d'amour, de pudeur, de force. Les amours s'écrivent et se décrivent, en vers luisants en vers galants. Tiens voilà Eloïse, Abélard et même Simone de Beauvoir.



Depuis longtemps la nuit est tombée. Le feu décline dans la cheminée. 
Encore quelques pages à déguster, je dînerai après. Je regarde jouer ses mots, ses idées s'associer, je le suis dans les rues, le long des quais, je me rapproche, je suis tout près. Il ne me voit pas. Il cherche son inconnue. Et moi je vibre, je frissonne, je pleure.

Tag(s) : #Textes des auteurs
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :