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Naissance …

Tout commença la nuit qui précède la venue du printemps …

L’obscurité tombait lentement sur la campagne endormie, enveloppant les champs d’un voile sombre aux reflets bleutés. La nature calme et silencieuse semblait retenir son souffle, telle une jeune fille en attente d’un rendez vous galant. Seul un vent frais et insolent allait et venait, entraînant sur son passage les épis de blé et de maïs dans une danse légère et gracieuse.

Sur un chemin de terre bordé par les champs, une jeune femme marchait lentement. Le dos voûté et la tête baissée, elle semblait porter sur ses frêles épaules le poids d’une souffrance et d’une solitude extrêmes. Elle ne prêtait aucune attention au souffle du vent frôlant doucement son visage, en une caresse maladroite. Elle ne regardait ni les champs s’étendant à perte de vue autour d’elle, ni les cieux silencieux et imperturbables. Ils ne lui étaient d’aucun réconfort et n’apaisaient pas sa peine.

Seule la lune semblait lui accorder de la sollicitude. Elle lui offrait sa faible lumière argentée pour éclairer ses pas, déposant sur le paysage nocturne un clair obscur intrigant. Sous sa lueur fantasmagorique, celui ci prenait l’aspect d’un ensemble de formes mouvantes, silhouettes inquiétantes. Les champs recouverts par l’encre de la nuit et balayés par les rayons lunaires ressemblaient aux paysages des estampes japonaises à l’atmosphère étrange presque irréelle. Cette nuit, la réalité semblait s’effacer peu à peu pour laisser place à l‘irrationnel et au rêve…

La jeune femme insensible à cette aura mystérieuse marchait à travers champs d’un pas mal assuré. Elle ne se préoccupait pas de ce qui l’entourait, elle ne savait pas où elle allait. La destination ne comptait pas, seule lui importait la fuite. Avancer et ne surtout pas se retourner. Marcher, pour ne plus penser. C’était l’unique solution qu‘elle avait trouvée pour faire face à son chagrin. Elle ne souhaitait pas oublier, juste s’accorder un moment de répit, pour faire taire la douleur de l’absence ne serait ce que quelques heures, pour fuir cette vie qui ne lui appartenait plus, pour échapper à cette cruelle réalité qui la laissait seule, sans but, sans lui... Il lui faudrait beaucoup de temps pour guérir la plaie béante de son cœur. Peut-être ne se refermerait-elle jamais. Pourtant elle ne voulait pas tourner la page de ce roman inachevé, elle voulait juste continuer à vivre comme avant. Vivre avec lui, avec ces merveilleux souvenirs, unique trésor qu’il lui avait laissé après sa mort. Mais un souvenir ne comble pas le vide d’une vie. Et quand la douleur se faisait trop forte, trop pressante, l’amenant insidieusement aux portes de la folie, elle devait s’éloigner pour ne pas perdre pied…Alors elle avançait à travers champs, tel un chien errant égaré, en quête d’apaisement.

Elle s’arrêta soudain, en proie à une grande fatigue. Ses jambes ne la portaient plus, elle s’agenouilla en poussant un gémissement infime, à peine audible. La lune témoin de son désespoir faisait scintiller les larmes qui coulaient doucement sur son visage. La jeune femme leva les yeux. L’astre blanc se dressait majestueusement dans la nuit noire. Des reflets beiges, jaunes et gris, dessinaient sur son disque phosphorescent un visage au regard triste. La jeune femme leva les mains vers elle et cédant à un instant d‘égarement, ou peut être d’extrême lucidité, la prit à témoin de l’incommensurable souffrance qui anéantissait son être.

« Lune, lui dit-elle, vois comme je suis malheureuse. Je m’éteints à petit feu. Que puis je attendre de ma vie quand Julien n’est plus là pour la partager. Je t’offre mon âme perdue, je t’offre mon corps meurtri et mon cœur sans vie. »

La lune fut touchée par ces paroles prononcées au plus profond de la nuit, elle entendit la prière d’une jeune femme perdue et comprit sa souffrance. Elle lui accorda une trêve . Pour calmer sa douleur, elle lui offrit le miracle de la vie.

C’est ainsi que je naquis… en tout cas c’est ainsi que commence l‘histoire de ma vie.

Suis-je vraiment l’enfant de la lune ou plus simplement un enfant abandonné? Miracle ou miraculé? Peu importe. Alécia, fut la plus aimante et la plus tendre des mamans. Peu lui importait le blanc de ma peau ou le clarté inhabituelle de mes yeux gris. J’étais son enfant. Celui qu’elle avait toujours attendu, celui que la mort lui avait volé et que la lune lui avait rendu… La dame blanche avait entendu sa prière et m’avait déposé dans les champs non loin de l’endroit où elle se trouvait. Entendant des pleurs, elle s’était approchée et m’avait découvert entièrement nu allongé au bord du chemin, parmi les herbes hautes. Elle avait recouvert mon corps blanc potelé dans son manteau pour me protéger du froid et avait accepté ce cadeau du ciel sans se poser de questions. Alécia croyait fermement à ce rêve éveillé et j’y cru pendant bien des années, l’écoutant avidement quand elle me le racontait.

Tag(s) : #Textes des auteurs
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