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J'ai ouvert la porte et, calmement, je suis entrée.

Un nuage de tristesse plânait désespérement dans la pièce, comme si le chagrin avait imprégné chaque parcelle de la chambre.

J'ai refermé la porte derrière moi, doucement.

Et j'ai laissé le nuage de tristesse m'envahir, un peu comme si je voulais me l'approprier pour l'en dégager à lui.

Le chagrin m'a prit avec toute la rage de la détresse, me poignardant le coeur et faisant voler mon âme dans un univers fait de tout et de rien.

Brusquement, le calme s'empara de moi. Je regardai mon frère et m'approchai de lui, timidement. A son sourire inconscient, je réalisai qu'il était en train de faire son deuil, que le processus était engagé.

Alors, j'ai pleuré de joie et de tristesse entremêlés. J'ai pleuré car je compris soudain qu'il en survivrait. En vivant peut-être dans son souvenir, mais il survivrait...

Nos larmes se sont jointes, tout comme se sont jointes nos mains.

Le nuage de tristesse s'est éloigné et est sorti par la fenêtre entre-ouverte, sans plus un regard en arrière... comme une invitation à la renaissance, à l'espoir.

Quelque chose avait changé dans la pièce. Etait-ce l'atmosphère ? la couleur des murs ? le regard de Juan ? je ne sais pas, mais un ange passa dans la chambre et je sortis calmement, presque sur la pointe des pieds pour ne pas venir troubler cette étrange quiétude.

J'ouvris la porte et sortis. Je me retrouvai face à des machines de vie ambulantes, qui se heurtaient, qui criaient, qui pleuraient, qui s'affolaient... et qui ne savaient plus, ou qui ne pouvaient plus rêver...

J'ai refermé la porte pour qu'il ne voie pas ce va et vient inhumain que l'on retrouve si souvent dans les couloirs des hôpitaux, lorsque la famille ou les amis sont à l'affût du moindre espoir concernant un proche malade. Je ressentais une sérénité qui m'empêchait d'être indifférente à toutes ces silhouettes vivantes. Mon frère renaissait et une compassion sans limite pour tout ces êtres que je ne connaissais pas avait pris possession de moi.

J'ai quitté l'hôpital sans plus me retourner, avec un sourire dans le coeur... et j'ai pleuré à nouveau... et j'ai ri à nouveau ...

J'ai erré dans la ville. Jusqu'au soir. Remplie d'un bien-être plus jamais ressenti depuis cette nuit tragique de l'accident. Mon frère avait perdu sa femme. J'avais, moi, perdu ma meilleure amie et ma belle-soeur.

Au loin, au milieu de la nuit, au milieu de l'obscurité, au milieu de nulle part, j'ai entrevu une lumière !! Eblouissante.

J'ai courru, courru.

Et me suis heurtée à une porte.

Doucement, je suis entrée. Heureuse.

C'était notre porte. La porte de chez nous. Ce chez nous qui l'attendait...

Tag(s) : #Textes des auteurs
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