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Voilà les premiers mots, chantés, qui me sont venus dès réception de la nouvelle.

Il est perdu. Quelques mois. Moins peut-être, car il est "jeune" encore lui a dit son médecin... Cette maladie qui semble "s'amuser" à être plus virulente avec les biens portants, ceux qui débordent d'énergie, de charisme, qui ne se plaignent jamais... Comme si elle se plaisait à détruire ce qui est bien vivant.

On se regarde. Il prend l'air coupable. Coupable de me quitter, de m'abandonner. Il meurt d'inquiétude....Je sais ce qu'il pense :
"Comment vas-tu faire ? Tu ne peux pas payer toute seule le loyer du pavillon, et avec les chats, comment vas-tu t'en sortir ? Et la retraite, et..."
Il n'avait pas imaginé ma vie sans lui. Le reste de ma vie, seule. On s'était toujours dit le contraire : c'est moi qui devais partir avant lui, mourir la main dans la sienne... Je n'avais aucune inquiétude à son sujet. Il s'en sortirait seul. Referait même sa vie peut-être...

La vie en a décidé autrement. C'est lui qui part. Les analyses sont formelles, il est perdu.
J'ai honte. Ma première pensée vole vers mon écriture... Cela va-t-il m'inspirer ?
Quelle horreur...
Mon dieu....cette écriture qui nous a encore un peu plus éloignés l'un de l'autre. Me donnant des envies de meurtre quand il restait derrière mon dos, dans l'attente de son bisou du soir....et que je tapais comme une forcenée mes phrases, mes poèmes, mes mails....
Quelle dérision.

Premier soir.
Seule dans mon petit lit, l'angoisse se déverse. Comme une gros nuage noir. Etouffant. Le coeur à se rompre. Une boule dans la gorge commence à se former. Grossit. Les heures passent, je somnole...  des ombres, effrayantes, des chutes vertigineuses...
Et soudain, comme un gong qui me réveillerait d'un long cauchemar, cette boule se dilate. Crève ! Se dilate comme un soleil...
La chanson de Piaf, "laissez-le moi mon amoureux".... chante dans la nuit... mon coeur déborde... un espoir fou....
Combien de temps ? Des mois ?
Aurai-je le temps ? Il nous reste des jours et des jours... pour trois petits mots... Mais bien sûr, j'ai le temps !

Je le rejoins dans sa chambre.
Il regarde la télé. Comme d'habitude...
Je me jette dans ses bras :
"Mon chéri je...je... t'aime ! Je ne te l'ai jamais dit"...
Quel sourire...
Mon Dieu... faire l'amour.... quand cela faisait tellement longtemps... faire l'amour comme si c'était la dernière fois... faire l'amour, désespérés... Désespérément tendres...

Premier matin.
Je me lève. Etat second. Culpabilité. Comment puis-je me sentir si bien après une nouvelle si épouvantable ? Pourtant je suis heureuse. Comme jamais je ne l'ai été. Je lui ai dit que je l'aimais. Moi, je lui ai dit, en face, "je t'aime"...? Tout s'éclaircit. Je me sens lavée. Le ciel est léger. Comme après un orage, comme le printemps après l'hiver.

En même temps j'ai tout gâché. Toutes ces années perdues, aurons-nous le temps de les rattraper ?

Un petit papier sur la table ? A coté de mon bol...
Je savoure à l'avance ce petit clin d'oeil à ces petits mots d'amour qu'on se laissait...au début...
Quoi ?

"Mon amour,
Peut-être ne me pardonneras-tu jamais, et tu en aurais le droit...
Je t'ai menti. Les analyses sont excellentes. C'est juste une....gastro.
Pardon. Je n'ai trouvé que ça....
Je t'aime !!
Ton mari chéri....qui t'aime..."

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