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Il était une fois une princesse, vivant dans un grand château, hélas, vide. De princesse elle ne possédait plus que le titre, tous les membres de sa famille dispersés par le monde ayant péri avant sa naissance, dont sa mère, morte en couche. Un tel décimé par la peste, des générations
entières par la déportation, elle était seule au monde, servie par une vieille et fidèle servante.

Elle ne cherchait pas nécessairement à combattre sa solitude, qu'elle acceptait avec sérénité, mais plutôt à rêver la vie que l'ancienne prophétie d'un vieux Sage lui avait prédite : "Un prince aussi solitaire que toi redonnera un jour vie au château et t'apportera le vrai bonheur     - celui qu'il vaut la peine d'attendre longtemps...!".

Elle chantait et dansait le soir sous le rayon lunaire qui lui renvoyait le mirage d'une présence secrète, qu'elle ressentait au plus profond de son être comme une sorte de prémices de son prince en devenir.

Elle se couchait, amoureuse, touchant avec volupté sa chemise d'où pointaient, tendrement en érection, ses jeunes seins avides des promesses de caresses qui, elle en était, sûre, ne sauraient la faire languir plus longtemps. Le temps approchait, elle le sentait, où son prince viendrait la rejoindre.


Un messager en effet ne tarda pas à se présenter au château, délégué par un prince lointain.

Dans la lettre qu'il lui remit, elle put lire :

" Ma princesse, je te cherche depuis longtemps et je crois que je t'ai enfin trouvée. Depuis que j'ai vu ton visage, j'ai conçu l'espoir insensé de rompre enfin ma solitude. A ma demande, mes dévoués intendants m'ont fait parvenir du monde entier plusieurs portraits de princesses, et le tien ne m'a laissé, depuis, aucun repos. Tu trouveras ci-joint le mien, et je ne te demande qu'une seule faveur : avant de donner ta réponse, promets-moi de ne prendre ta décision qu'au bout de trois jours et trois nuits. Je te confie mon fidèle messager le temps de ta réflexion. N'oublies pas surtout, qu'à l'autre bout du monde, un cœur tremblant meurt d'amour pour toi.".

Les traits du prince lui parlèrent peu, d'abord. Elle eut beau danser sous la lune en serrant son portrait sur son cœur, se coucher en scrutant jusqu'à l'épuisement ce visage à la lumière des chandelles, rien ne venait. Rien ne vibrait en elle. Des sentiments indisciplinés et contradictoires se bousculaient dans son âme à la vue de ces yeux sombres qu'elle imaginait traverser son regard. De ces lèvres minces qu'elle imaginait effleurer les siennes, se poser sur sa peau.

Le délai de trois jours et trois nuits arrivait déjà à terme. La dernière nuit promettait d'être difficile ; aurait-elle le courage de refuser cet amour qu'elle avait tant attendu ?

Le cœur toujours aussi sec pour son prétendant princier, elle finit par s'endormir, et fit ce rêve étrange :

Des visages inconnus, lui semblant pourtant proches et aimants, se penchaient sur elle. Leurs bouches noires et déformées s'ouvraient mystérieusement, articulant des paroles nébuleuses dont surgit peu à peu ce message :

" Mon enfant, ma fille, ma nièce, ma sœur, ne te précipites pas. L'amour est plus près de toi que tu ne l'imagines. Cet homme est mauvais, son âme, putride. Ne lui cèdes pas, par amour pour nous, ne cèdes pas…"

De toute la force de son rêve elle voulut questionner encore les êtres aimés, mais les traits bénis, hélas s'estompèrent, la laissant sans autre réponse.

Elle se réveilla, triste et désemparée.

A l'instant où, comme convenu, le fidèle messager se présenta devant elle pour la réponse, elle le regarda soudain avec étonnement.

— Comme vous êtes pâle ! Seriez-vous souffrant ?

— Non, Princesse, mentit le chevalier. Avez-vous pris votre décision ? demanda-t-il avec une voix qui se voulait assurée.

— La réponse est - mon Dieu, que votre maître me pardonne ! - la réponse est non... Adieu mon ami !

La princesse tournait déjà le dos pour cacher l'amertume de ses larmes, quand elle entendit le bruit sourd d'une chute derrière elle. Se retournant, elle vit sur les dalles glacées du château, le corps sans vie du chevalier, étendu, sans connaissance.

— Mon ami, relevez-vous, je vous en prie !

Le jeune homme, déjà, souriait.

— Vous m'avez fait peur, lui dit-elle, faisant mine de le réprimander.

Comme elle posait la main sur son épaule, elle sentit le messager trembler de tout son être. C'est alors qu'elle vit une larme briller dans les yeux si doux du jeune homme. A l'instant, elle se sentit défaillir à son tour, une vacuité totale s'empara de son corps et, sans plus de résistance, elle tomba dans les bras de son Prince.

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