Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

 

 

Je suis allée dans le rayon «  Cuisine » et j’ai attrapé un livre. En l’ouvrant, j’ai vu un papier dedans avec des mots notés dessus. Du coup, ça m’a incité à le prendre. Evidemment, j’avais oublié mes lunettes, et n’ai pas pu les lire.

Ce n’est pas que je sois curieuse, mais quand même, c’est peut-être important. Pour vérifier par moi-même, en toute tranquillité, je choisis ce livre-là, pas un autre.

 

J’habite un village de campagne où les loisirs sont peu nombreux.

Depuis quelques mois, la mairie a décidé, avec la ville d’à côté, plus grande, de faire venir des livres grâce à un Bibliobus.

 

 

Ce n’est pas que je lise énormément, mais j’aime bien dénicher de nouvelles recettes, et des modèles de tricot à faire pour mes petits-enfants. Ça fait des cadeaux pas chers et qui viennent vraiment du cœur. Pas comme ces vêtements confectionnés on ne sait où et qui sont d’une qualité effroyable : ça se découd, ça se rétrécit au premier lavage. Pour les gosses, il faut du solide.

 

 

Bref, j’en ai tellement eu assez d’entendre ma voisine me demander tous les trois-quatre matins si je m’étais inscrite au bibliobus, que ce matin, jeudi - il passe une fois par semaine, le jeudi - je m’y suis rendue.

Bon, il n’y a pas grand choix. Il paraît qu’il renouvelle les fournées…

 

 

Durant le trajet qui me ramène jusqu’à chez moi, j’imagine ce que peut bien contenir le message. Une lettre ? Un testament ? Une dénonciation ?

J’en suis toute excitée d’avance.Vite, vite, je presse le pas.

 

 

Sitôt dans ma maison, je me déshabille, trottine jusqu’à mon étui à lunettes : Pas de lunettes !

Où ai-je bien pu les mettre ? C’est toujours la même chose !

J’essaye de me souvenir à quelle fin je les ai utilisées la dernière fois…

C’est vrai ! Je regardais le journal. Bon. Le journal est là, les lunettes ne doivent pas être loin !

Je déambule dans la cuisine : Rien !

Je fais le tour du salon : Rien non plus !

Sapristi de sapristi, pour une fois qu’il m’arrive un événement trépidant !

Ah ! Les voilà ! Mais que font-elles sur le frigo ? Sûr que je ne les ai pas posées ici !

 

 

Bref, je les enfile illico presto… Mais où est passé mon sac à main ?

Et c’est reparti pour un tour, et gratuitement !

Je cavalcade dans les 3 pièces. Une chance que je ne demeure pas dans un château !

Ah ! Il est sous la table. Il a dû tomber de la chaise.

Je l’attrape, eh oh ! joie ! en sort le fameux livre !

Je l’ouvre à la page de garde, l’endroit où était glissé le papier : rien !

Je lis bien le titre du bouquin, le nom de l’auteur, mais la feuille volante n’y est pas.

 

 

L’étonnement est trop grand, à la limite du supportable. Je prends un siège et m’y affale.

Ah ! Je me sens mal. Mon cœur tambourine dans ma poitrine, j’ai la gorge sèche.

Je retire mon lorgnon et me passe les mains sur le visage comme pour en éloigner la poisse qui semble s’y être incrusté.

Je souffle doucement et longuement.

Le vertige évanouit, je réajuste mes lunettes et reprends le satané livre.

Je décide de le feuilleter, page par page, s’il le faut.

 

 

D’ailleurs, ce n’est peut-être pas le bon livre que la bibliothécaire m’a confié. Avant de le ranger en sûreté dans mon sac, elle l’a enregistré, vous savez, comme les caissières avec les marchandises. Ça se trouve, elle a fait l’échange avec un autre. Ce serait fort possible. J’y vois rien sans lunettes.

Bon ! Courage ! Feuilletons pour voir quand même.

Elle n’avait pas l’air si abruti cette jeune femme, elle n’a pas pu se tromper ainsi bêtement.

 

 

Je tourne les pages, en prenant soin de ne pas les écorner.

Tiens, c’est quoi ça ?

Je crois reconnaître la sacrée feuille qui m’a donnée tant de peine.

Ça va, je n’en ai parcouru que dix !

J’ai dû tellement me dépêcher de la remettre dans le livre au bibliobus, que je n’ai pas fait attention au numéro de page.

Bon, ce n’est pas grave. Là voilà enfin retrouvée !

 

 

Je prends le papier entre les mains et l’approche de mes yeux. J’y lis :

 

 

-          beurre,

-          œufs,

-          steaks hachés,

-          salade,

-          yaourts.

 

 

La liste des courses d’une petite vieille !!!

 

 

Bon, je pourrai m’en resservir, ce sont à peu d’aliments près ce qu’il me faut pour demain. Juste les carottes à rajouter.

 

 

Je n’aime pas le gâchis !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tag(s) : #Textes des auteurs
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :