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Elle lisait dans ses yeux l'aveu d'un amour qu'il n'avouerait jamais.

Elle regardait  Patrick jouer avec le chaton et pour la première fois, depuis son arrivée au centre, elle trouvait l'enfant attachant presque humain.

 

Le jeune garçon  avait été maltraité. Son beau père et sa mère, complice de toutes les atrocités, lui avaient  fait subir les pires sévices. Tous deux croupissaient aujourd'hui en prison.

L'enfant n'avait plus, pour seule famille, qu'une grande tante, chez qui, jusqu'à présent, il passait quelques dimanches et vacances.

Malheureusement, cette parente, âgée et malade, était décédée la semaine passée.L'éducatrice avait été chargée de l'accompagner aux funérailles. Sa réaction  l'avait mise mal à l'aise, il était resté sans voix, sans pleurs, sans émotions, glacé et glacial.

 

Patrick la fascinait et l'effrayait à la fois. Elle ne pouvait s'empêcher de s'interroger  devant ce mélange d'attirance et d'effroi qu'elle ressentait face à l'enfant. A la lecture de son dossier, devant l'énoncé du martyr enduré, elle avait frissonné d'horreur. Il était si seul, enfermé dans son mutisme, rien ne semblait plus l'atteindre. Alors, l'arrivée du chaton paraissait providentielle.

 

En effet, le petit chat en  quelques jours, avait réussi ce qu'elle tentait en vain depuis des mois : apprivoiser l'enfant, entrer en communication avec lui, lui donner un peu de joie, d'affection et obtenir en échange, l'ébauche  d'un sourire à la vie, un commencement de mieux être.

Grâce à lui, Patrick se comportait enfin comme un enfant normal. Il semblait en paix, presque heureux. Elle était soulagée de le voir ainsi. Il n'avait pas décelé sa présence. Elle voulait profiter de ces instants magiques et inattendus. Elle s'attarda sur ce visage singulier, ingrat dont la mine carrée qui d'ordinaire s'allongeait, se creusait  puis  se fermait, paraissait  aujourd'hui si détendue.

 

Il était impossible de lui  donner un âge. Sur le front haut et large, des rides prématurées témoignaient d'un passé douloureux, d'un tempérament inquiet, tourmenté. En outre,  le teint blafard et  la peau sèche, rugueuse, contribuaient à vieillir précocement ce visage d'enfant.

Les yeux marron, enfoncés dans les orbites, fuyaient le regard, se réfugiant derrière des paupières lourdes et tombantes. Les sourcils épais lui procuraient  un air hautain et farouche. Dans cette figure anguleuse et massive, les joues creuses contrastaient et  le nez busqué se pinçait à la moindre contrariété. Il grinçait souvent  des dents, alors,  son menton en galoche bougeait, achevant de le doter d'un profil repoussant.

Ses cheveux fournis et touffus cachaient des oreilles décollées et auraient mérité une bonne coupe. Ils retombaient dans le cou, en masse indisciplinée et  lui conféraient  un air de sauvageon.

Il fallait  bien l'avouer, ce pauvre enfant  avait hérité d'un faciès patibulaire.

 

Soudain, Patrick poussa un cri ou plutôt émis un grognement. Le chaton, las de ses jeux avec son nouvel ami, avait sorti ses griffes et s'était fâché. Une goutte de sang perla sur la main de l'enfant.

L'éducatrice vit passer dans les yeux du petit garçon, une lueur de stupeur, d'incompréhension, presque de regrets qui se changea aussitôt en haine. L'enfant se sentit, sans doute, une fois encore trahi, une fois encore abandonné, agressé, une fois de trop….

 

Avant qu'elle n'ait eu le temps de comprendre et d'intervenir, la jeune femme vit Patrick se saisir du petit animal et d'une main assurée, sans manifester plus d'émotions qu'aux funérailles de sa tante, il lui broya le cou.

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