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Je décidai de passer de l’autre côté du miroir. Bien d'autres l'avaient fait avant moi, et n'en avaient pas retiré peut-être les effets escomptés, après tout, passait-t'on aussi aisément d'un état d'ignorance pure à une révélation soudaine qui n'allait pas aller forcément dans le sens attendu? Je m'explique, de l'autre côté du miroir, trouve-t'on forcément la réponse à toutes les questions que l'on se pose, la lumière se trouve-t-elle derrière ou est-elle plutôt réfléchie sur le côté face de la glace ? Derrière le miroir, en y regardant bien, il n'y a qu'une face noire, sombre et sans tain, qu'attendre d'elle sinon que passer d'acteur de sa propre vie  à voyeur et spectateur passif d'un destin que l'on a voulu désepérément fuir? Passer de l'autre côté, c'est prendre des risques, c'est vouloir emprunter un chemin semé d'embuches, vouloir se dépouiller de son habit de tous les jours pour revêtir une petite robe éphémère qui, pour rutilante et merveilleuse qu'elle soit, se déchire bien facilement, tant elle est faite d'une texture fragile et délicate que le moindre obstacle contribue à détériorer. Et voilà la petite robe de fête vite reconvertie en vêtement banal, celui de tous les jours, mais qu'au fond, même si l'on en est un peu lassé, on a du plaisir à porter et somme toute, ne nous va pas si mal !

 

Je voulais aller de l'autre côté par curiosité, j'avais envie aussi de me faire peur, d'apprendre des choses sur ma personnalité profonde qui auraient pu être dérangeantes pour mon égo personnel, qui auraient pu casser l'image que je me faisais de moi, et le petit train train quotidien qui, au fond, m'allait assez bien et auquel je m'étais habituée depuis tant d'années. L'idée de ce voyage merveilleux me ravissait et m'angoissait tout à la fois. Je savais que là-bas n'était pas la vraie vie, mais la vie rêvée par tant de gens sur cette terre, qui, à force de chercher le bonheur, s'en éloignent progessivement, obsésés qu'ils sont d'aller vers un ailleurs qui ne leur est pas destiné ou dont l'objectif est hors de leur atteinte et souvent au dessus de leurs moyens.

 

Je rêvais, des nuits entières, à un monde utopique, à la fois beau et inquiétant, où des êtres éblouissants projetaient leur ombre jusqu'à mes pieds en progressant lentement vers moi, et plus ils s'approchaient, plus la lumière m'aveuglait et moins je pouvais détailler leur visage. Etait-ce quelqu'un de connu, d'aimé, un ami, un être disparu, ou un étranger merveilleux qui m'aurait peut-être, par sa douceur, sa beauté, sa perfection, enveloppé dans un charisme, une douceur salutaires et inconnues jusque là ? Puis au réveil, quand je n'avais pas encore repris pied dans ce monde réel et tangible, je me demandais si j'avais rêvé ou si tout simplement ces visages étaient des versions un peu magnifiées des êtres qui m'entourent habituellement et qui tissent jour après jour  le quotidien de ma vie.

 

Ce pays idyllique, cet eldorado que j'entrevoyais pendant mes douces nuits bercées de la somme de toutes mes utopies, j'avais conscience qu'un jour il s'estomperait, et qu'il serait vite remplacé par une réalité plus dure, plus évidente, que le miroir se briserait bientôt et que je n'en recollerais jamais plus les morceaux, peut-être parce que j'en étais incapable, et peut-être aussi tout simplement parce que je n'en éprouvais pas vraiment le désir. 

 

Oui, je le savais au fond de moi, je savais que ce pays magique, celui de tous mes rêves et de tous mes fantasmes,  malheureusement ou heureusement sans doute,  je ne le reverrais plus jamais.

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