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         D’une main assurée, sans manifester plus d’émotion qu’aux funérailles de sa tante, il lui broya le cou, ou plutôt il essaya. Il faut dire que broyer le cou à une rumeur n’est pas chose facile.

         Lorsqu’il était arrivé la veille de la cérémonie, il avait sillonné les quelques rues du village, cherchant a y retrouver un visage connu ; tentative compromise d’avance par les années passées et l’oubli. Il n’avait vu que des rideaux se tirer derrière des fenêtres closes, des persiennes se fermer et quelques regards suspicieux adressés à l’étranger de passage qu’il était.

         Dans cet univers restreint, presque clos de petit village, tout le monde se connaît et le moindre faux pas est souvent mal interprété. Il a trouvé normal de venir aux obsèques de sa tante pour qu’elle ait derrière son corbillard, autre chose qu’une ribambelle de mauvaises langues. Il y était d’autant plus obligé, que la tante n’avait plus de famille en dehors de lui… ! Alors quand l’hôpital avait appelé pour dire qu’elle était bien fatiguée, il avait compris à demi-mot ce qui allait advenir.

         Certains bons paroissiens et grandes mauvaises langues à la fois, ne se sont pas gênés de dire presque tout haut, que s’il était revenu là, c’était pour rien d’autre que l’argent. Il faut dire qu’il n’a jamais été bien vu dans le village et cela a toujours été, même gamin quand il venait passer ses vacances d’été, on se moquait de lui, on le traitait de « petit parigot » !

Sa tante l’aimait beaucoup par contre, mais il faut bien dire que ce n’était pas réciproque. Il avait la sensation, d’ailleurs confirmée par la suite, que ses parents l’envoyaient chez la tante, non, comme ils le prétendaient, pour le bon air pur de la campagne, mais pour être tranquille pendant les grandes vacances, tellement il était turbulent.

         Il n’avait pas laissé tout le monde indifférent dans le bourg, le petit parigot ! (Demandez donc à la Louise, elle vous dirait autre chose !) Elle se plaisait bien avec lui, même qu’à l’époque ça avait faillit faire scandale, tout le monde disait qu’ils couchaient ensemble. Il avait dix sept ans et elle quinze, ça faisait baver les garçons du bourg ! A tel point que le parigot rentré chez lui, ils avaient mené la vie dure à la Louise. Ils ne lui adressaient plus la parole, tous la boudaient, pourtant, c’était une belle fille. Sa famille non plus n’était pas appréciée ici« Ils ne sont pas du pays, ceux là », disaient on d’eux.

         Quelques années plus tard, elle avait même dû partir à la ville pour trouver du travail, ses parents suivirent le même chemin. Ils ne sont jamais revenus.

         Aujourd’hui, alors qu’il vient à l’enterrement de sa tante, on le regarde d’un drôle d’air, un peu comme si, il avait commis un crime et les femmes du bourg, en bonne langue de vipère qu’elles sont, pour la plupart, le lui font sentir.

         Il a réglé la cérémonie dans les moindres détails, froidement, lucidement, prenant les voisins de la tante pour ce qu’ils sont. Il n’a eu à leur intention aucun égard particulier.

         De retour après la cérémonie, dans la vieille maison, où enfant, il était venu passer ses vacances. Il rechercha dans le bric à brac laissé par la vieille dame, les quelques petits souvenirs qui pouvaient lui rappeler ces moments de vie passée. Pensant en particulier à un petit cadre dans lequel, il se rappelait avoir mis une photo de « Louise », mais ne le trouva pas. Il reprit sa voiture pour rentrer chez lui, dans sa lointaine banlieue parisienne ; résigné il se dit : « je savais au fond de moi que je ne le reverrais plus jamais ».

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