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Je décidai de passer de l’autre côté du miroir, étant gênée par ce reflet qui voulait se faire mien mais dont je ne veux absolument pas.

Les bras chargés de vêtements que je ne porterai sans doute jamais, je me dirige vers la caisse. J’y dépose tout ces tissus qui, normalement, doivent embellir. Pour le coup, je crois que j’ai porté mon choix sur des habits que la laideur elle-même a dû engendrer. Mais cela m’amuse en réalité. Tirer un soupçon de beauté de quelque chose de très laid. Juste pour dire que rien n’est totalement laid. Même pas moi. C’est mon reflet subjectif qui me l’a susurré lorsque je suis passée près de lui, à côté du miroir.

Je paie mes achats, sors du magasin et cours vers un taxi qui semble m’attendre depuis des heures, vu la tête du chauffeur.

Et bien, que se passe-t-il ? On trouve le temps long ? Et moi, je ne l’ai pas trouvé long peut-être il y a quelques mois quand j’étais encore une autre, et que l’on jouait aux amants…

J’aime beaucoup m’amuser avec ce chauffeur précisément, parce qu’il a toujours une grimace de dégoût quand je monte dans la voiture. Il n’arrive même pas à se retenir, faudrait le renvoyer. Mais c’est bientôt noël et il a des enfants…Dur dilemme. Je le licencierai donc fin janvier, après le nouvel an, les étrennes et la galette des rois, comme ça, on ne pourra rien me reprocher !

Il n’aime plus ma tête, je le sais. Mais qu’y puis-je ? J’aimerais fort en changer. Mais je ne peux pas vraiment. Et j’aimerais aussi qu’il se rappelle que je n’ai pas toujours été comme cela.

Avant, j’étais probablement commune mais riche, et au moins je n’étais pas défigurée.

Ah ! que j’aimerais revoir le salaud qui m’a charcutée ! Qui se disait chirurgien esthétique ! Il osait affirmer qu’il était un des meilleurs, recommandé par des gens de la jet-set brésilienne. Mais comme je ne connais personne dans ce milieu, eh bien je ne pouvais pas vérifier. Et j’en fus pour mes frais. Le cousin de Marie-Véro. Ah oui ! celle là ! elle est bien aussi, à recommander à ses amis un cousin qui débarque du Brésil, jamais vu, fils caché de sa tante Yvonne soi-disant. Pff ! il a dû simplement regarder dans le gotha, voir la brebis orpheline et puis le tour est joué.

J’ai un œil qui est presque tout le temps fermé sauf quand je ris, les lèvres ultra-bombées, prêtes à éclater, comme les seins, les yeux sans patte d’oie mais avec des étirements à la chinoise, le nez droit comme un piquet de parc, coupé à l’équerre, et le front lisse comme un visage de bébé, mais plus sensible du tout. En plus, je fais des allergies aux infiltrations de toxine botulique. J’ai des plaques brunâtres qui apparaissent de temps à autre sur mes mains et mes bras. Etonnamment, mon front est épargné.

J’ai appris qu’il avait été arrêté. J’aurais aimé porter plainte moi aussi, pour me trouver face à lui au tribunal, pour lui infliger le maximum de douleurs en apportant un témoignage de plus. Mais j’ai peur de la médiatisation. Ma vie est déjà suffisamment horrible.

Ce matin, en lisant dans un journal à scandales que certaines personnalités en vue avaient eu recours à ses soins, j’ai compris que son sort était scellé, avec ou sans moi.

Bizarrement, j’éprouvais maintenant de la pitié pour cet homme fat et imbécile. Je l’imaginais déjà en prison. En train de pleurer sur son triste sort. Se supprimant, plutôt que de supporter l’infamie de la prison.

Tribunal ou pas, je savais au fond de moi que je ne le reverrais plus jamais.

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