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Elle lisait dans ses yeux l'aveu d'un amour qu'il n'exprimerait jamais.

Chaque instant de sa vie restait toujours inachevé et dans ses yeux qui semblaient immobiles lorsqu'elle s'y plongeait, c'est l'infini qu'elle trouvait.

Si elle pouvait se mettre des limites, elle aurait pu vivre l'instant entièrement. Mais c'était toujours après l'instant qu'elle courrait, après et derrière l'instant qui était inexistant.

Les yeux de Serge lisaient les étoiles, c'est ce qui le retenait. Ses yeux parlaient  fort, plus fort que des mots bordés d'or. Ses yeux disaient si doux, qu'elle en tremblait et son âme s'envolait.

Parfois il prononçait son nom, juste son nom et puis il s'en allait. Elle essayait d'attrapper le son des syllabes: "C l a r a - C l a r a". Ill le disait comme une prière , comme un sourire de lune, il le disait tout bas. Puis il partait.

Comme elle désirait cet homme! Comme elle l'aimait! Elle aimait qu'il ne puisse pas dire , elle aimait qu'il ne puisse agir. Elle l'aimait.

Tout devenait indescriptible, c'est ce qui lui plaisait.

Un jour, c'était au cimetière, à la mort de sa tante, il avait osé parlé. Il avait dit plus que son nom. Il avait dit bonjour, dans un soufle léger comme pour ne pas la gêner.

Il avait dit: "C l a r a, bonjour". Ses yeux n'étaient même pas mouillés. C'était sans doute une tante très éloignée. C'était la première fois qu'elle voyait ses yeux vides, des yeux sans fond qui la fixaient. Puis il s'en alla. Elle le suivit, à pas de loup, elle a suivi le même chemin que lui. Elle voulait revoir ses yeux et creuser le vide, elle voulait voir derrière, derrière l'instant, ce qu'il y avait. C'est elle qui a prononcé son nom cette fois, trois fois: "Serge, Serge, Serge". Il s'est retourné. C'était pour elle  l'instant d'après. Elle l'avait eu cette fois mais cela ne suffisait pas. Elle voulait voir, encore , encore derrière pour le voir lire les étoiles. Elle voulait trembler et voir son âme s'envoler. Elle voulait remplir ce vide qui grandissait ses yeux.

On ne saura jamais si elle a tremblé. Ce que l'on sait, c'est que son âme s'est envolée, car d'une main assurée sans manifester plus d'émotions qu'aux funérailles de sa tante, il lui braya le cou.

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