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Elle lisait dans ses yeux l’aveu d’un amour qu’il n’exprimerait jamais. Mais cet amour ne lui était pas destiné. Non. Il était tombé fou amoureux de cette allumeuse de Marilyne. Comme quasiment tous les garçons du lycée. Pourtant, jamais il n’oserait le lui avouer. Il était bien trop timide pour cela. Et puis, Marilyne avait mieux à se mettre sous la dent. Qu’aurait-elle eu à faire d’un type au physique aussi ingrat ! Grand et maigre, Eric avait toujours l’air de ne pas savoir que faire de son corps longiligne. Il se tenait voûté, sans doute dans l’espoir de passer inaperçu. Son visage, encore glabre, était couvert d’acné et couronné d’une chevelure souvent hirsute. Alors, parler à la fille de ses rêves, lui dire qu’il l’aimait, il ne s’y risquerait pas.

 

Marilyne était consciente de l’attraction qu’elle exerçait sur la gente masculine. Elle en usait et en abusait même parfois.  Aline soupçonnait certains profs, sensibles à son charme, de la noter avec plus de mansuétude que les autres, les filles ordinaires. Elle n’avait pas d’amoureux attitré ou, plutôt, elle en changeait sans arrêt. Défilaient à son bras, des garçons athlétiques et des intellos susceptibles de lui apporter une aide temporaire. 

 

Eric n’appartenait à aucune des deux catégories. Il n’avait aucune chance et le savait. Il se contentait donc de se remplir les yeux de son visage, de son sourire qui ne lui était jamais adressé. Et puis, il rêvait. Il rêvait… Tout alors devenait possible. Il lui confiait son amour et, timidement, elle lui avouait qu’elle pensait à lui depuis longtemps, qu’elle n’osait pas lui parler. Il la prenait dans ses bras et l’embrassait… Un vrai conte de fées. Hélas, la réalité était tout autre.

 

Aline regardait son ami s’enferrer de jour en jour. Elle lui avait déjà dit que son attitude ne rimait à rien, qu’il ne devait pas se bercer d’illusions. En vain. Elle ne se doutait pourtant pas que cet amour contrarié allait se terminer en drame.

 

Ce jour-là, Marilyne, par jeu ou par bêtise, se mit à draguer ouvertement le pauvre Eric. Aline, qui n’était pas dupe de son manège, voulut mettre en garde son camarade. Mal lui en prit. Il l’accusa de jalousie et ne voulut rien entendre. Elle se résigna à attendre. Marilyne donna rendez-vous à son amoureux transi chez elle, après les cours. Elle avait également invité quelques personnes de la classe, principalement des garçons. Quand Eric arriva à son appartement, il trouva sa chérie dans les bras du costaud de service, un gars de l’équipe de rugby de l’école. Elle l’embrassait à pleine bouche. Soudain, elle sembla remarquer Eric et lui dit : « tu voudrais bien être à sa place, hein ? ». Puis elle partit d’un grand éclat de rire. Les autres se mirent aussitôt à rigoler et, Eric, misérable, prit ses jambes à son cou.

 

Nul ne s’inquiéta de ce qu’il était devenu. Aline, lorsqu’elle apprit ce qui s’était passé, tenta de l’appeler. Mais c’est sa mère qui lui répondit. Elle n’insista pas. Le jour suivant, Eric et Marilyne n’étaient pas en cours. En milieu de journée, le proviseur du lycée vint les prévenir qu’un drame avait eu lieu et que la police souhaitait les interroger.

 

Après l’humiliation qu’il venait de subir, Eric, blessé, ne rentra effectivement pas chez lui. Il descendit au sous-sol et se cacha dans le réduit réservé aux poubelles. Là, il attendit, remâchant son amertume. Au matin, il remonta et, restant tapi derrière la porte des caves, il guetta le départ de Marilyne pour le lycée. Quand il entendit son pas assuré dans l’escalier, il se prépara. A l’instant où elle passait devant la porte, qu’il avait gardé entrouverte, il sortit et lui plaqua la main sur la bouche. Puis, il la traîna sans ménagements jusqu’au bas des marches. « La garce ! Elle ne lui ferait plus jamais de mal. Ni à lui, ni à personne ! » D’une main assurée, sans manifester plus d’émotions qu’aux funérailles de sa tante, il lui broya le cou.

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