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Je décidai de passer de l’autre côté du miroir. Après avoir sombré dans cette folie qui m’avait entraînée vers un état de déchéance physique et morale, il ne me restait plus qu’à franchir le dernier barrage. J’étais prête pour le dernier voyage. Cet aller sans retour. Par amour, on peut souffrir. Moi, j’étais prête à en mourir. Et la mort m’appelait. Elle me cajolait, me dorlotait. Un geste à faire. Juste un geste et je serais enfin libre. Libérée de toute cette douleur et de l’éternité qu’elle m’offrait.

 

J’avais tout perdu dans cet amour. Ma dignité, ma pudeur, ma condition de femme. A force de tomber, de me souiller, de m’humilier, je n’étais plus qu’une ombre gisant sur les ruines d’un rêve inachevé. Mes gestes et mes regards s’étaient éteints. Je n’étais plus qu’un pantin désarticulé dont plus personne ne tirait les ficelles. Et pour cause, tu les avais gardées. J’étais totalement brisée, cassée, désarmée. Je n’étais plus qu’une femme blessée par ses rêves, par la vie. Parce que la vie n’avait pas voulu de mes rêves. J’étais ivre de douleur et de larmes. Ivre d’une histoire qui ne m’appartenait plus. Une histoire qui bouleversait mes schémas et mes repères.

 

Tu n’as pas su trouver les mots pour m’apaiser. Tu te protégeais alors que c’est moi qui avais tant besoin d’être protégée. Et je l’ai trouvée cette protection, ailleurs. Dans les yeux de mes parents, de mes amis. Et pour eux, j’ai cherché une lueur. Un espoir.

Dans le désespoir de leur impuissance face à ma douleur, j’ai trouvé la force de me relever. Doucement. Peu à peu. Pas à pas. Je savais encore la souffrance à venir. Je savais encore les larmes à sécher. Mais j’y arriverais.

 

Le chemin serait long mais je voulais me ressaisir. Il fallait que j’oublie cette histoire que tu venais de tuer. Il fallait que je sorte de cette obscurité où m’avait entraîné ta lâcheté.

Oublier cet amour que tu venais d’enterrer sans veillée funèbre. Cet amour désespéré que tu venais de piétiner, de bafouer.

 

Il ne me restait qu’à oublier. Aussi dur que cela me semblait, c’était la seule issue. Il me restait à nier un cœur devenu soudain muet. Nier l’amertume assassine de la solitude, et aller à la quête d’un coin de verdure. Loin de ce présent qui m’apparaissait hostile et indifférent. Nier le passé pour tenter de trouver une route ouverte, avec un soleil géant, avec un ciel bleu tourné vers l’infini. Il fallait que je garde les yeux bien ouverts sur cette route barrée. Cette route où tu avais installé des feux rouges à l’infini, pour que nos chemins ne se croisent plus. J’ai longtemps attendu, espérant que tu reviendrais, espérant que l’amour serait le plus fort. Aujourd’hui, ce n’était même plus de la résignation, c’était un acte de survie parce que la vie était là. Et qu’elle m’attendait. Et que malgré toute cette souffrance, je voulais la rejoindre.

 

Car j’avais compris au fond de moi que je ne te reverrais plus jamais.

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