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Moi :

 

Je l’ai rencontrée sur internet, sur un site afin de partager ce qui nous anime : l’écriture.

J’ai tout de suite été charmée par la délicatesse de sa plume, la pudeur de ses mots, la poésie de son atmosphère.

De points en virgules, elle est devenue ma confidente.

 

Deux âges différents, deux histoires différentes, mais une même souffrance.

Deux parcours de vie différents, mais un même aboutissement : l’analyse.

 

Elle a cinquante environ, je ne sais pas exactement, et peu importe, elle pourrait être ma mère.

Je pensais qu’à cet âge-là on avait arrêté de faire les frais de son passé.

Je pensais qu’on avait assez de recul, pour ne plus connaître ni colère ni haine.

Je me suis trompée.

Tout comme il n’y a pas d’âge pour aimer, il n’y en a pas non plus pour la douleur.

 

Nous ne nous sommes jamais rencontrées, même si c’est ce que je souhaiterais.

Quand elle sera prête. De ces confidences, j’ai établi un puzzle dont les pièces s’assemblent petit à petit.

Je sais que c’est une gaffeuse, cela me la rend plus attendrissante encore.

Elle peut parfois paraître tyrannique, mais ne l’est-elle pas plus envers elle-même qu’envers quiconque ?

C’est une pianiste, une artiste, je ne peux avoir que du respect pour elle. Elle vit de son art, et je trouve cela magnifique !

 

Mais elle semble ne pas pouvoir vraiment goûter au bonheur. Quelque chose l’en empêche.

Ce père qu’elle ne connaît pas ?

Je ne comprends pas bien à quel point un tel manque peut être si terrible.

J’aimerais lui dire qu’un père, j’en ai un, mais qu’il ne me convient pas.

 

Je sais aussi qu’elle est Italienne, et je l’imagine pleine de fougue, de vendetta aussi, peut-être, la Sicile n’étant pas très loin de la latine botte !

 

Nous avons travaillé ensemble, une nouvelle à quatre mains, pour parler d’une région de la France qui nous est chère. Une collaboration de labeur, de sueur, mais de partage au-delà des mots, et le plaisir d’avoir été sélectionnées parmi les treize meilleurs textes : la «  gloire » pour nous !

 

Elle est à la recherche de reconnaissance, mais elle s’y casse les dents, et je souffre pour elle.

J’aimerais qu’elle crève ses fantômes de la pointe de son coupe-papier.

J’aimerais lui dire qu’il faut qu’elle apprenne à se faire plaisir, pour elle, pas pour les autres.

 

Elle est mon miroir, des paroles que je peux enfin prononcer et que je peux enfin entendre.

 

Je suis heureuse de l’avoir « rencontrée ». Je sais qu’elle est là derrière son écran et qu’elle me soutiendra toujours, quoi qu’il arrive !

 

« Qui trouve un ami, trouve un trésor » dit un proverbe arabe. J’ai trouvé mon trésor.

 

Elle :

 

Sur le Net, les relations se tissent comme dans la réalité. Les chosent évoluent, se transforment lentement.

 

Elle me semblait inaccessible au début, dévouée pour tous, très occupée. Je me souviens des premiers commentaires qu'elle m'adressât au sujet de mes textes : "porte du paradis ?", le cycle des saisons, l'éternel recommencement ?"… J’ai aimé.

 

Et puis, un jour, j'ai décidé, timidement,  de me plonger dans un de ses textes, de lui rendre la pareille : épier, scruter, chasser impitoyablement la moindre tournure maladroite, toute virgule intempestive.

 

Jusqu'au jour de «  l'anémone » : "dans une source noire, voguait son désespoir"…. Un poème qui lui parle, qu'elle fait sien sur son blog, et c'est la découverte de son visage.

Une photo romantique et triste sur fond noir ; comme ma fleur fragile.

 

Puis, c'est le son de sa voix. Quelques notes chantées sur ses mots et me voilà complètement sous le charme.

 

De la foule virtuelle se détachent petit à petit nos deux êtres, comme s'ils se reconnaissaient.

Les points communs ? Nous les découvrîmes par la suite. La musique, la nature, les chats, Dieu…

 

Elle, c'est ma petite passionnée. C'est ce grand cœur qui respecte chacun et tous, sans oublier personne, absolument personne. Comment cette qualité ne m'aurait-elle pas conquise ?

 

C'est la sincérité absolue qui s'installe. Le travail commun sans concession. L'entraide, la générosité, le partage.

 

C'est mon petit chat écorché. Une souffrance aigue qui hurle, griffe, mord, se rebelle.

Et moi, la confidente, qui connaît ses regrets, son désir de bien faire, son sentiment d'échec, sa peur de ne jamais s'en sortir.

 

Deux copines, gardiennes l'une de l'autre. On se relève. Mutuellement.

 

Elle a vaincu « l'épreuve du sang et du feu » : mes obsessions, ma négativité, ma paranoïa, elle a tout supporté.

 

Alors oui, je l'aime. Et je veux bien, avec mes maigres forces, porter avec elle un petit bout de son sac.

 

Moi :

 

Je ne me souviens pas de mes commentaires au sujet de ses premiers textes.

Beaucoup de personnes circulent sur le net, et j’avais un peu de mal à m’y retrouver.

Il m’a fallut plusieurs mois d’adaptation.

J’ai lu ses premiers écrits comme j’ai lu ceux des autres, m’appliquant à faire des retours qui aideraient leurs auteurs à les faire avancer, tout comme on l’a fait avec moi. Transmission d’énergie, s’entraider. Ce n’est pas parce qu’il semble qu’on vive chacun pour soi que je doive en faire autant.

 

Cette photo de moi n’est pas récente, elle date de quelques années. C’est une des seules où je me trouve vraiment jolie. Il faut dire que par un heureux hasard, elle a été totalement réussie : le fond noir, les cheveux qui s’y évanouissent, faisant ressortir ma peau diaphane, les yeux verts qui regardent au loin. En fait, je m’appliquais à prendre la pose ! J’étais concentrée mais non mélancolique !

Un jour, elle m’a envoyé ce poème sur l’anémone. Elle avait vu ma photo et trouvait que ce poème correspondait à ce que mon image lui renvoyait de moi. Je me suis appropriée son texte, il m’a plu et j’étais flattée d’inspirer quelqu’un de cette si belle façon. Je n’ai pas vraiment l’habitude que l’on me fasse ce genre de cadeau.

 

Ensuite, je me suis mise à lire toutes ces créations avec avidité, impatience, les attendant comme des rayons de soleil qui crèveraient l’écran terne de mes journées.

Me reviennent alors en mémoire ces premiers textes qui avaient su de suite me toucher.

 

Oui, des points communs qui s’entassent au gré de nos écrits : la Musique, la nature, les chats, Dieu…

Sur ce dernier point, je ne sais pas si elle connaît exactement mes pensées sur le sujet, ne les connaissant pas vraiment moi-même. Je me suis forgée ma propre religion puisque les pratiques que l’on propose ne me conviennent pas. Je n’ai pas besoin de m’exhiber dans une église aux yeux de tous pour faire ma prière. Au chaud, allongé dans mon lit, c’est tout aussi bien.

 

Mon  « grand cœur » ne respecte pas toujours tout et tout le monde. Il connaît la haine, la rage, la jalousie, comme celui de tous les humains. Il y a des choses qui me révoltent, et même si cela est épuisant et vain, c’est peut-être ce qui me donne l’envie de résister et de continuer.

 

Oui, on « se relève ». J’ai compris « on se révèle ». Aussi. Mutuellement.

 

Je me sens comme une héroïne antique, puisque j’ai « vaincu l’épreuve du sang et du feu ». Ses « obsessions », sa « négativité », sa « paranoïa » seront toujours moins terribles à supporter que les miennes.

Le sac est moins lourd quand il ne nous appartient pas directement. Il nous reste toujours un peu de forces pour aider l’autre, l’amie.

 

Elle :

 

Cela me fait toujours bizarre qu’on dise que j’écrive magnifiquement, que j’ai un style bien à moi. Comme si je ne pouvais pas y croire une bonne fois pour toute et y mettre un point définitif.

 

Nous ne sommes pas de la même génération elle et moi, mais nous avons mis un point d’honneur à nous parler avec sincérité, à nous aimer telles que nous sommes.

Elle est un peu la fille que je n’ai pas eue.

 

Elle s’imagine qu’à mon âge on a trouvé le repos de l’âme, mais ce n’est pas vrai. Je me bats tous les jours contre mes démons.

 

Elle aimerait qu’on se rencontre, mais c’est au-dessus de mes capacités. J’ai peur de la décevoir et d’être déçue aussi. Je sais, j’ai un problème avec le virtuel. Je dois passer à côté de bien belles choses, mais c’est ma manière actuellement de me protéger et de survivre.

 

Oui, les bourdes, c’est ma spécialité. Je les serre à toutes les sauces. Elle pourrait dire de moi que je suis «  con con ». Quand on a un projet ensemble, il faut qu’elle me l’explique plusieurs fois avant que je saisisse de quoi il s’agit.

Un tyran aussi. J’aimerais que tout soit bien huilé autour de moi, que tout roule comme sur des roulettes, aucune contrainte. Mais je ne peux pas soumettre l’autre à la même rigueur que celle que je m’impose à moi-même.

 

Oui, je suis pianiste, mais là encore, je ne vois pas ce qu’il y a d’extraordinaire à cela.

C’est un métier comme un autre, qui me permet de gagner ma croûte. Et les élèves, au quotidien, sont bien souvent une source de frustration...heureusement, ils se rattrapent aux concerts où ils me surprennent chaque fois...

 

Peut-être qu’effectivement, si j’avais connu mon père, j’aurais pu m’ancrer quelque part, connaître mes racines, et pouvoir vivre pleinement.

Si ma mère ne m’avait pas menti pendant toutes ces années, j’aurais peut-être pu prendre confiance en moi.

 

De la fougue, j’en ai, de la rébellion aussi, mais voilà, je suis obligée de faire taire les choses qui bouillent en moi. Parce que ça dérange mon entourage. Alors, je joue et j’écris, pour apaiser mes mains qui me démangent et parfois, hélas, j'explose… et je mets mon travail, mon couple, ma vie en danger…

 

Quelle joie lorsque nous avons été sélectionnées à un concours. Mais je n’ai aucun mérite, cette idée était la sienne. Je n’y ai apporté que ma modeste pierre, la partie musicale…

 

Oui, j’ai besoin que mes textes soient lus et appréciés. Ils deviennent alors tellement plus beaux. J’aimerais que mes écrits émeuvent, être écrivain, pourquoi pas ? Avoir toujours de l’inspiration, gagner un concours, un jour… Etre connue, reconnue, enfin !

Combler cet amour que ma mère n’a pas su me donner. J’ai un vide à remplir, des failles à colmater. Il suffit d’une personne qui n’aime pas ce que je fais, et tout s’écroule autour de moi. Je me sens archi-nulle. J’ai juste envie de mourir.

 

Elle aime ce que j’écris, et quand elle n’aime pas, j’apprécie la façon dont elle l’exprime, je sais que ce n’est pas pour me démonter mais pour me stimuler. Elle a l’art de me pousser à creuser à l’intérieur de moi, à chercher dans la pénombre de mon cœur.

Elle est mon amie, une personne sur qui je peux réellement conter. Un précieux trésor.

Tag(s) : #Textes des auteurs
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