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Daïna est une femme placide, sans forme, androgyne et de petite taille. Juvénile, adolescente aigrie, son désir acrimonieux est de ne voir personne et le fait d’avoir des amis la met dans une paranoïa sans appel.

 

Daïna n’a guère de compassion pour qui que ce soit ; lorsque elle est en face de quelqu’un, elle lui livre instantanément toutes ses plus basses et ignominieuses attitudes.

 

Combien de fois, depuis qu’elle sait marcher, elle a craché sur les pieds de ceux et celles qui lui souriaient ! Afin de bien montrer que c’était bien elle la reine.

 

A trois ans, lorsque pointait son langage, elle écrasait mouches et insectes dont elle prenait soin, juste avant, de les prénommer des noms de ses proches :

 

« Et toc, maman, zappée maman, bien fait maman, » en évacuant l’innocente créature d’un revers bien calculé de la main, « voulais pas mettre ce p’étalon qui pique, pique trop, ai dit maman… ».

 

Et après les derniers soubresauts de la mouche, essayant de reprendre en vain son élan vital, elle se mettait à rire…à rire, quelle transe !

 

A la boulangerie et dans tous les commerces, Daïna, malgré sa jeunesse, entre toujours tête basse, cheveux courts bien en place, pas un crin de travers. Droit devant.

 

«Bonjour, dit-elle à chaque fois fugacement, conditionnée à donner le salut mais peu convaincue de sa fonction sociale.

 

«Hum, baguette… » désignant du doigt un bout de pâte.

 

Pour elle, le pain ne signifie rien. Certainement pas la sueur du travail.

 

«  Moulée, farinée… » dit la boulangère toujours souriante.

 

Son sourire à cette boulangère, lui irrite les synapses. Mais Daïna ne crache plus.

 

Elle lui fait plutôt voir son agacement par le bout de sa basket. Elle pousse d’un coup de pied hardi à chaque fois la porte d’entrée qui se met à sonner comme si c’était sa dernière heure. D’ailleurs tout ce qui est plaisanterie, blague, l’énerve au plus haut point.

 

Elle n’a qu’une envie, c’est de regarder le maillon faible à la télé. Là elle se délecte. Lovée dans son canapé, le jean béant, le pull jusqu’aux oreilles.

 

Cette émission lui est très agréable.

 

Identifiée à la présentatrice, elle admire l’adresse de celle-ci à plumer le soi-disant participant plus faible qui, de ses réponses fausses, rougit de confusion à spasmer. Quelle insuffisance de corniflard se dit-elle joyeuse et à chaque fois, elle ne peut s’empêcher d’ajouter «  zappe machin, tu piques, tu piques trop ai dit machin… »  car enfin quelqu’un qui meut…le couperet…et donne le ton aux plus ahuris…comme elle aime.

 

Son chat aime aussi, il a été habitué à la maltraitance ; elle lui monte régulièrement sur la queue afin qu’il sache bien qui est la maîtresse. Il fait « ouik » de douleur sans que cela émeuve Daïna, bien au contraire ; ce dernier ne manque d’ailleurs jamais de prendre en défense des allures de félin dérangé mais que cela ne tienne, l’animal ne fera, n’existera pas sans son autorité.

 

Le trait le plus saillant de sa personnalité est la malhonnêteté.

 

Jamais elle ne dit la vérité, à ses proches et à ses petits amis qu’elle collectionne comme les papillons de nuit. Rares, vieux, presque morts, ils ont le triple de son âge et n’ont jamais de points communs avec elle.

 

Car que dire de sa sexualité. Pauvre, sans détour et platonique. Avec le jean jusqu’au ventre et au-delà, pas la moindre ressource.

 

Pas la moindre chance avec les tennis baskets chaussons achetés pourtant un max car le souci premier de Daïna est le confort de ses pieds. Seulement de ses pieds. Pas autre chose. Au-delà de tout confort culturel, aise psychologique, son archétype est la marche sans gêne.

 

Pour aller fureter dans les boîtes aux lettres du quartier, virevolter autour des lampadaires qui donnent souvent sur les chambres à coucher… L’observation des autres sans les aimer, sans les aider.

 

Telle mamie sur un passage piéton, non seulement elle s’en détourne mais elle fait en sorte qu’elle soit…le maillon faible.

 

« Alors mémé, tu t’bouges, tu t’pousses de là. Parce que moi, pas de pitié pour les asthéniques, les escargots de ton espèce. Je pousse, je tacle. Pas de sentiment. »

 

Son divertissement favori est de regarder la cour de l’école de son quartier.

 

Pour ce faire, pour l’occasion, elle détourne son caractère de créature néanderthalienne afin de mieux suborner le directeur de l’école.

 

Afin qu’elle puisse regarder sans qu’il la suspecte. Lui offrant gâteaux, friandises diverses et clins d’œil avérés.

 

Il avait un jour souri mais comme cela lui permettait d’être là à 13h30 le lendemain pour regarder les petits garçons arracher les cheveux des filles, elle ne lui avait pas craché dessus. A lui non plus.

 

Car elle a toujours la maîtrise de ses émotions maintenant à son âge pubère.

 

Elle cherche à ne s’attacher à personne, elle cultive ce manque, elle est célibataire. D’ailleurs, les hommes ne la regardent jamais, comme si elle n’existait pas ! Nitescence, fragmentation nulle de la lumière.

 

La télé est son refuge de vie. La musique l’épuise, elle lui semble criarde et sans clameur.

 

Celle classique lui noyaute à chaque fois sa bonne humeur. Elle ne peut plus rien faire d’autre ensuite. Sinon regarder la télé oisivement. La vacuité intellectuelle chez elle est une fin existentielle.

 

Et Daïna exècre avant toute chose les attractions virtuelles, les listes de diffusion où chacun s’épanche sur une consigne pour en retirer quelle gloire, quelles affinités ! Tsss !

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