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Grasse, ville stendhalienne, est un théâtre à l’italienne.

 

La moindre fenêtre y est lorgnette, le moindre HLM s’y élève à la dignité de poulailler, le moindre balcon y procure l’aristocratique jouissance de la vue. Tout y est esplanade, belvédère, panorama. L’entrelacs des bâtisses, des routes en lacets, tisse comme un corset les corbeilles spectatrices sur les collines pressées. La lutte y est féroce pour conquérir le point de vue. Sur les hauteurs assaillies les façades hautaines, les antiques palais se toisent, entrecroisent leurs jalousies, dominent de leurs croisées l’orchestre des vallées. Tout n’est que loges, encorbellement de portiques et de pins parasols, colonnes baroques des palmiers, colorées pendeloques de pompons de bougainvillées.

 

Sous les feux du soleil la mer en contrebas joue les divas, s’alanguit dans les anses, fait scintiller ses reflets…

 

La cité, suspendue, bruit d’impatience : le spectacle va commencer.

 

 C’est L’Italienne à Alger. Il y court un parfum anisé, les couleurs de l’Afrique, des rêves de sérails. Grappes d’enfants rieurs pendus aux longues jupes flottantes, pieds quasi nus. Sous les voûtes obscures rêvent des Mauresques. Les jeunes filles y ont la grâce des olivettes, fines et charnues comme des picholines, noir regard. Poivre du rire sur leur peau mate. Piment sombre des hommes, blanches chemises ouvertes sur les désirs retenus. Les gens y sont polis, s’y donnent le salut à tous les coins de rues. La nonchalance  est reine. Ici point de temps perdu. L’élégance souveraine  se veut épicurienne. Chaque instant s’y promène comme à la passagiata, le soir venu, quand les ombres sereines allongent sur l’avenue les rêves inconnus. L’insouciance, suprême noblesse, est la sagesse des happy few.

 

 Grasse, ville stendhalienne, est un théâtre à l’italienne.

 

Tag(s) : #Textes des auteurs
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