Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Depuis quelques jours, dix, vingt, il ne savait plus, il était malade. Son

corps épuisé ne le portait plus et il ne trouvait réconfort qu'à s'allonger

sur le petit coin de terrasse ensoleillé toute la journée. Là, étendu,

offert au soleil, il oubliait tout, pour se concentrer sur les flashes qui

crépitaient derrière ses paupières.

 

Il ne s'alimentait plus guère : son estomac noué refusait toute nourriture

solide. Il n'avait pas faim. Il souffrait. Ses yeux irrités découvraient le

monde à travers une pellicule trouble qui nimbait toutes choses d'une

douceur marine dans laquelle il aspirait à disparaître et qui pourtant se

refusait.

 

Les analyses n'avaient rien décelé de ce mal qui le rongeait ; pas davantage

les radios ni même le scanner. Et la douleur accompagnait chaque instant de

sa journée. Il se surprenait à taper contre le mur, comme pour écraser cette

compagne trop fidèle. Et lui, le pianiste dont la légèreté de toucher avait

fait la gloire, regardait avec étonnement ses jointures gonflées,

douloureuses, qui lui faisaient des mains d'étrangleur.

 

Il savait. Il connaissait sa souffrance. Il pouvait la nommer. Margaux,

Margaux la tant aimée. Margaux et les trilles de son rire. Margaux et les

vagues vénitiennes de ses cheveux. Margaux aux longues jambes nerveuses de

cavale, qu'il avait vues nouées autour de la taille de Franck, son

imprésario. Et cette image, imprimée au fer rouge derrière ses paupières, ne

lui laissait ni répit ni repos. Margaux… ma douleur et mon tourment,

prunelle de mes yeux, ma vie, Margaux…

 

Le téléphone sonnait, dix fois, vingt fois par jour ; il ne répondait

jamais. Quelquefois, il écoutait son répondeur. Rarement. Elle l'appelait :

« Mon amour, réponds moi ! Parle-moi, dis moi ce qui t'arrive, je t'en

supplie, tu sais combien je t'aime ». Oui, il le savait. Il savait comme

elle savait aimer, et ce lui était insupportable.

 

Il avait disposé un petit écriteau sur sa porte d'entrée : « Suis absent ».

On avait sonné, sonné encore, tapé légèrement, puis plus fort. En vain. Il

s'absentait au monde, obnubilé par sa vision qui effaçait l'espace.

 

Dévoré, en un sursaut, il appuya. Un voile rouge l'ensevelit. Des gouttes

carmines explosèrent en autant d'étoiles.

 

 

 

Tag(s) : #Textes des auteurs
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :