Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pour saisir le bonheur

Ne pas courir. Il n'est pas dans le pré.

Un rien le fait fuir, dit-on. Surtout ne pas bouger. Le laisser s'apprivoiser.

Savourer l'instant.

 

Siroter l'été

Sous la treille, s'émerveiller du zonzon des abeilles ivres de pollen Boire le soleil à grandes lampées dorées Ecouter les sources chuchoter en catimini Se laisser bercer, comme un bébé, par l'été Laisser couler l'instant.

Surtout ne pas bouger

 

Rougir avec l'automne aux sumacs empourprés Qui dit que l'automne est monotone ?

Parcourir les coteaux enflammés de brasiers multicolores Ouvrir grands ses yeux S'emplir des queues de paon des arbres triomphants offrant leur nuancier Cueillir les dernières pivoines Jouir des rayons déclinants, comme une bayadère s'alanguissant S'épanouir S'évanouir, Interminablement… Monotone, l'automne ?

Humer les riches flagrances de l'humus tapissé de mousses, de châtaignes, de feuilles amassées Rêvasser aux romances de Cosma, de Verlaine, aux anciennes rengaines sans cesse ressassées Aux amours mortes à la pelle ramassées Aux violons qui sanglotent, repenser Aux langoureux amants tendrement enlacés, aux amants de Doisneau qui jamais ne se lassent de s'embrasser Laisser mûrir l'instant Surtout ne pas bouger

 

S'étonner toujours du blanc velours des premières neiges calfeutrant les chemins Entendre soupirer le chien devant la cheminée où craquent les derniers sarments Poser sa joue au creux d'une main chère Nul besoin de serments enflammés : s'aimer, tout simplement Laisser s'éteindre lentement la paisible lumière Dormir, avec l'hiver Laisser mourir l'instant Surtout ne pas bouger

 

Quand, soudain, débâcle printanière, ton cœur bondira, quand ton cœur s'ébrouera comme un jeune chien fou, Ris, pleure, crie, renverse les barrières, Comme un vol d'alouettes rêves éparpillés, Tels de vifs martinets cisaillant l'air dans les clochers encorbellés que tes rêves vrillent le ciel écartelé Crie, casse, brise les glaces muettes, écorche ton cœur sur les fils barbelés Mitraille aux meurtrières, brave les barricades, porte l'estocade aux routines surannées, aux doux, aux tièdes, méprise tes aînés, manifeste, revendique :

« Sous les pavés, le bonheur ! »

 

Quel vacarme !

A force de le réclamer, à force de crier « aux armes ! » Il a pris peur, Le bonheur.

Il a filé.

 

Le bonheur est dans le pré, cours-y vite, cours-y vite…

 

Tag(s) : #Textes des auteurs
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :