Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Juste  en face de la « Grande Quincaillerie » ou j'officie comme premier caissier, se tient le café du Bon Coin.

Tous les matins, le trolley me laisse ½ heure d'attente et tous les matins, Edmond, le patron du bistrot, me sert un ballon de blanc à ma place habituelle, une table située près de la fenêtre de la porte d'entrée. Place de courant d'air, certes, mais observatoire intéressant me permettant de guetter l'arrivée de Mr Klou mon chef, tout en observant la salle.  

Au milieu du bistrot ronronne le poêle à bois qui selon le vent toussote de son cornet ajouré des fumées de bois exotique. Au comptoir, les hommes avalent d'un trait leur blanc dans un silence cathédral. Seuls quelques fanfarons élèvent une voix qui se fond dans la fumée. Près du feu, Mr Largeste, cadre de l'usine Fernot, sirote en haut de forme, son café sucré. Personne n'y prête attention et seule une présence étrangère saurait retenir la  respiration du vieux poêle.

C'est le matin. Tous ont rangé leurs émotions, leurs histoires bien au chaud, dans leur cabas, sur leur gamelle de soupe pou mieux les régurgiter le soir, au retour du boulot. Oui, le soir monsieur, car le soir il y a de « l'auditoire » au café… Diable que l'ambiance est différente !!Un jour de moins : ça s'arrose !! Les hommes plaisantent, vident les chopines, se tapent dans le dos, tapent dans le dos de leurs chefs, de leurs bergères, des niards, des commerçants qui font pas crédit de… Le soir, les hommes trouvent le bon coin pour soigner leur vie sans clarté pour se donner le courage de vivre pour oublier la misère, leur vie de bête, leur honte d'être humain. Le soir l'absinthe coule à flots comme les larmes de la femme qui maudit le bon dieu et son bonhomme d'avoir bu leurs repas…Bien souvent dans les tavernes, les rires couvrent des lambeaux d'existence.

…Mon chef se bat avec le rideau de fer de la quincaillerie…Mais avant d'aller le rejoindre, il faut que je vous parle de ce bruit sourd qui gronde et grandit, de ces gémissements qui montent de la terre. En dessous de la taverne on creuse pour le métropolitain….

Journée terminée.

Je pousse la porte du « Bon Coin » et m'installe au comptoir pour boire et oublier que la quincaillerie vient d'être vendue aux « Galeries » …comme si il n'y avait pas assez de galeries avec le métropolitain !!!      

Au comptoir, je commande ma septième absinthe, vais-je grimper au ciel ?   Au comptoir, tous les habits sont gris.    Le comptoir est meublé de déserteurs. Mon cerveau s'enveloppe de volutes de fumées du poêle à rêves. Ma tête résonne de coups, les bougies vacillent et soudain, tout disparait dans la bouche du métro.

 

Tag(s) : #Textes des auteurs
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :