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Tiens, ça bouge là-haut. J'entends des pas, sa voix. Elle est en train de réveiller les enfants. Pas trop tôt, j'ai la dalle moi.

Des petites voix, maintenant. Tout le monde a l'air de bonne humeur. Ça s'agite, ça commence à courir dans tous les sens. Des placards et des tiroirs s'ouvrent et se referment bruyamment. Je ne bouge pas pour l'instant, je suis trop bien.

La voilà qui descend, prête la première, comme d'habitude. J'entends son mari qui l'appelle : il cherche une chemise. Il cherche toujours tout, celui-là, surtout si c'est sous son nez. Elle arrive, encore un peu endormie mais toute souriante. Elle s'approche et vient me planter un gros bisou sur le front en me murmurant des mots doux. Je l'aime. Je me demande si elle sait que c'est sa journée aujourd'hui. Et la journée du chat, au fait, c'est quand ? J'avoue que je pousse la souris un peu loin, parce qu'ici, pour moi c'est tous les jours. Maintenant c'est au tour de la petite de l'appeler au secours : elle veut absolument sa robe bleue, justement celle qui n'a pas encore été lavée. Négociation, tergiversations, Lou accepte finalement la robe grise, avec un petit sous-pull rouge en dessous. Ma reine d'un jour commence à préparer le petit déjeuner pour tout le monde : Café, pain grillé, chocolat chaud pour Lou, céréales pour Tom. Jus d'orange... Les enfants se chamaillent joyeusement à table. Il apparaît dans l'encadrement de la porte, une cravate dans chaque main :

«  Laquelle à ton avis avec ma chemise ?

Elle jette un coup d'œil rapide en sortant les tartines du grille-pain :

- Main gauche, c'est mieux. Dépêche-toi, ton café va être froid.

Ils rient à table avec les enfants, jusqu'à ce que le contenu du bol de Tom atterrisse sur ses genoux.

- Oh, non ! Maman, regarde ce que Lou a fait !

- Bon, c'est pas grave, va vite te changer pendant que je te prépare un autre bol.

- Dis-moi, tu crois que tu pourrais aller chercher mon costume au pressing aujourd'hui ?

- Ça m'arrange pas du tout, ça... J'ai plein de trucs à faire : rendez-vous à l'A.N.P.E., le fauteuil d'Odile que j'ai promis de terminer aujourd'hui et de lui déposer avant la fin de la journée. Et je suis super en retard, il m'a donné du fil à retordre ce crapaud. Et puis on compte sur moi à l'école pour la réunion organisée par Éducation sans frontières. Tu sais que le père de Mina a été arrêté hier. Tu ne peux pas récupérer ton costume en rentrant ce soir ?

- Non, je ne suis pas sûr de sortir à temps.

- A ta pause déjeuner, alors.

- Je suis overbooké, c'est pas possible. Bon, tant pis.

Le petit malin, il sait qu'en terminant sa phrase sur ces mots il va la culpabiliser. Bon cette fois, je me lève, je l'ai entendue remplir ma gamelle. Lou demande si son costume sera prêt le lendemain pour le spectacle de l'école.

- Maman, tu n'as pas oublié que j'ai promis d'apporter un gâteau aussi ?

- Non ma puce, je n'ai pas oublié, je m'en occupe aujourd'hui. Maintenant, finis de te préparer, c'est Marc qui vous dépose ce matin.

- Ah,bon ? Alors dépêchez-vous les enfants, je pars dans cinq minutes.

Bon, c'est l'heure de ma promenade. Un petit tour dans le jardin pour me dégourdir les pattes et montrer au petit rouquin que je suis ici chez moi. Il est d'un sans gêne celui-là !

 

Ah, quelle balade ! Et cette longue sieste en plein soleil, un vrai bonheur. Tiens, elle a fait les courses. Pourvu qu'elle n'ait pas oublié mes croquettes, j'ai fini le paquet ce matin... C'est bon, elles y sont. Ah, j'avais raison : elle est passée par le pressing. Il est vraiment verni son jules ! Ça mérite un câlin, ça : elle doit être dans l'atelier, j'entends les coups de marteau et la musique à fond. Je ne sais pas si tous les humains sont comme ça, mais elle, dès qu'elle est seule, elle fait crier cette grosse boîte pleine de boutons. Parfois ça fait vraiment beaucoup de bruit, et parfois c'est plus doux, comme quand elle travaille à son bureau. Par exemple, en ce moment, ça me casse carrément les oreilles. Elle s'agite autour d'un fauteuil en tapant dessus avec un marteau, et en plus elle danse. Et voilà qu'elle chante maintenant en prenant son marteau pour un micro ! Le câlin attendra. Retour sur le canapé, c'est mieux pour mes petites oreilles sensibles.

 

Téléphone ! C'est un miracle qu'elle l'ait entendu avec tout ce bruit. Elle a baissé le volume et j'entends sa voix, d'abord inquiète puis paniquée. Des pas précipités vers l'entrée, puis la porte qui claque. Qu'est-ce qu'il se passe ? Un petit somme en attendant son retour...

 

- ... et il faut que tu te reposes, mais tu as bien entendu ce que le médecin a dit : il ne faut pas que tu t'endormes. Va t'installer sur le canapé à côté d'Otis, et appelle-moi si tu as besoin de quelque chose.

 

Oh la la ! C'est quoi cette tête ? Une grosse bosse sur le front, des traces de sang et trois espèces de fils qui dépassent, comme moi quand je m'étais battu avec ce sale rouquin ! Le pauvre petit père, il a pas l'air brillant. C'est lui qui va l'avoir mon câlin.

Je l'ai encore entendue s'agiter, allant d'une pièce à l'autre pendant que nous regardions la télé. Elle venait voir de temps en temps si tout allait bien et repartait après nous avoir gratifiés d'une caresse sur la tête. Lou est rentrée avec la mère de sa meilleure amie. Elle s'est extasiée devant les points de suture de son frère. J'ai dîné, les enfants aussi puis ils sont montés se préparer pour la nuit.. Je les ai accompagnés pour superviser les opérations.

 

Ouf ! Les enfants sont couchés, on va pouvoir souffler tous les deux. Moi à ma place préférée, elle à son bureau. Elle a l'air fatigué ma maîtresse. Un peu contrariée aussi. Sans doute à cause du repas qui refroidit et de mon maître qui n'a pas averti de son retard.

Enfin, la clé tourne dans la serrure. Neuf heures et demie, quand même !

- Désolé, j'ai mangé. J'ai oublié de t'appeler. On s'est fait monter du chinois pour finir de boucler notre dossier.... Dis, tu sais quel jour on est ?

Après s'être un peu crispé son visage se détend et elle répond :

- Oui...

- Alors, ça donne quoi, le contrôle technique ? La voilà qui blêmit :

- Pardon ?

- Putain, j'y crois pas. Me dis pas que t'as oublié, quand même !

Elle a encore changé de couleur. Elle se lève, saisit son sac, sa veste et ses clés avant de sortir en claquant la porte.

Il demande à la porte :

- Ben quoi, qu'est-ce que j'ai dit ?

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