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       Elle était née dans un douar . Des murs en torchis. Un sol en terre battue. Pas d'eau, pas d'électricité, juste deux tapis usés. A la mort des ses parents- elle avait cinq ans- Une cousine de son père, l'accueillit. La petite fille vécut, désormais  avec elle et son oncle, tous deux célibataires, dans un appartement, pas loin du centre de la cité. La fille fréquenta l'école du quartier, puis le collège. A la maison, elle ne se faisait pas prier pour débarrasser la table, balayer le carrelage, repasser le linge, aider aux courses.

       Grâce aux démarches  de son père adoptif, elle fut nommée dans une école primaire du quartier. Les débuts  furent laborieux, studieux : il lui fallait s'imprégner  des méthodes pédagogiques, préparer les leçons du lendemain, corriger les exercices,  tout en continuant à assumer les tâches habituelles, à la maison. Quant elle eut acquis une certaine expérience professionnelle, elle décida de préparer le premier examen professionnel de sa carrière. Elle se savait  travailleuse, minutieuse, pugnace, méthodique. Elle le prépara, consciencieusement. Elle l'obtint avec mention. Pour la récompenser, sa famille lui permit,  d'aller le dimanche, avec une voisine étrangère, au cinéma : une révolution dans la société traditionnelle.

 

      C'est là qu'elle fit la rencontre d un  jeune homme un  peu plus âgé qu'elle ; en le voyant, elle sentit monter en elle une inexplicable émotion qui la fit rougir. Il la remarqua aussi. Dés lors, elle commença à s'examiner : le miroir de l'armoire lui renvoyait l'image d'une fille svelte, de taille moyenne, à la peau blanche, aux grands yeux verts, à la chevelure noire, épaisse. Le dimanche, elle se faisait  coquette, pour plaire.. Elle plut. Les amoureux se rencontrèrent, se fréquentèrent. Que de crainte, que d'angoisse, que de palpitation : la peur  du qu'en dira-t-on? Au bout de quelques mois, ils étaient mariés.

        Un an plus tard, elle attendait son bébé. Pleine d'énergie, elle assumait tout : l’enseignement qu'elle adorait, les tâches ménagères, mais aussi la préparation d'un second examen : celui qui  lui offrait la titularisation en  qualité d’institutrice. Quelle  chance, d'avoir épousé ce garçon qui la poussait à se réaliser! Elle fut admise, juste quelques jours avant la naissance du premier bébé, une fille. Concilier les tâches domestiques et scolaires, s’occuper de l'enfant : les journées étaient bien remplies.  Elle assumait tout, bravement, avec courage, sans rechigner, pratiquement seule.  Quelques mois après , son mari fut muté à  Alger. Elle le rejoignit à la fin de l'année scolaire. Là, grâce à son expérience professionnelle et son sérieux, elle obtint un poste de professeur intérimaire.

 

      La capitale lui offrit l'occasion de poursuivre des études supérieures. Elle s'inscrivit à la faculté des Lettres, pour préparer une licence en Lettres Etrangères. Elle mena à bien, parallèlement, et pendant  toute la durée de ses études, ses obligations d'étudiante et ses devoirs d'épouse et de mère, s'occupant tout particulièrement de ses deux autres enfants, deux garçons nés pendant son cursus universitaire. Elle obtint sa licence  et, tout de suie elle fut affectée dans un lycée...

Quelle  chance  d'avoir  alors toute la famille autour de soi! Et ces appareils électroménagers. Que de facilités dans la vie quotidienne!   Grâce à eux: elle ne s'occupa alors que de son travail de professeur : lire les copies des élèves, les annoter, les noter. Elle suivait aussi de prés les études de ses enfants, elle voulait éliminer de leur vie tout ce qu'elle avait connu et subi... Elle les encourageait donc, les incitait à achever leurs études et obtenir des diplômes

      A l'âge de la retraite, il lui arrivait de penser à ce que était sa vie : du douar au lycée! Que de chemin parcourut! Combien de luttes menées contre l'ignorance; la tradition, et surtout contre elle-même, le découragement, la fatigue. Un vers de  Victor  Hugo, qu'elle aimait souvent se répéter "Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent..." la rassérénait

 

      Le dernier de ses enfants, qui travaillait dans un pays voisin  en qualité de directeur  de création,  dans une boite de publicité, est arrivé la veille de ce 8 mars, journée internationale de la femme. Au nom de toute la famille, en signe de reconnaissance et d'amour filial, il lui  a présenté, non pas un bouquet, mais une seule rose rouge, symbole des victoires qu'elle a remportées.

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