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Huit cent mille manifestants selon les organisateurs,

Quelques milliers selon les forces de l’ordre.

Quatre cent mille selon les instituts de sondage qui ont fait la moyenne des deux.

 

Ciel couvert parfois accompagné de quelques pluies passagères.

Pression atmosphérique normale, comprise entre 1012 et 1016 millibars, avec tendance en baisse.

Mer, belle à peu agitée. Température au sol, sous abri : 19 °.

 

Parmi la marée humaine, je l’aperçois.

Elle est belle !

J’ai le soleil dans les yeux, je la vois en contre-jour, j’admire les formes sans m’arrêter sur les détails.

Qu’elle est jolie !

Un nuage passe, de nouveau elle m’apparaît en couleur.

Elle est encore plus belle !

Elle doit sentir mon regard, car elle se tourne vers moi.

Timidement, elle m’observe.

Moi aussi.

Je m’approche d’elle, fendant avec difficulté le service d’ordre musclé du parti socialiste venu en nombre, réparer les erreurs du passé.

Elle me regarde, toujours, sans chercher à me fuir.

 

Un vent d’ouest fléchissant Sud Sud-ouest, agite un drapeau noir qui vient recouvrir quelques instants son visage.

 Panique ! Je ne la vois plus.

Le vent d’ouest retombe, le drapeau noir reprend sa place… Elle réapparaît.

 

La foule de plus en plus dense s’agite.

Je ne la quitte pas des yeux, je ne veux plus la perdre.

 

Enfin ! Nous voilà près l’un de l’autre.

Elle me sourit.

Je regarde ses deux petits seins, telles des barricades qu'aucun CRS ne franchira.

Visiblement mal à l’aise, elle cache sa poitrine avec sa pancarte sur laquelle est écrit au feutre noir « Mieux vaut être baisé par Chirac que violé par Le Pen ».

- Ni l'un, ni l'autre, tu n’as plus rien à craindre, lui glissé-je à l’oreille, je suis là maintenant.

À son regard, je devine qu’elle n’a pas tout compris.

Timidement, elle engage la conversation :

-C’est la première fois que tu manifestes.

Sans hésitation, je réponds :

-non !

Elle rétorque :

-moi non plus !

Elle doit mentir, car ses Nike-Air flambant neuf, munis de déflecteurs fluorescents aux talons, en feraient une cible mouvante pour les CRS, à la nuit tombée, si jamais ça venait à tourner mal.  C’est le genre de pompes qu’il vaut mieux garder pour la randonnée nocturne, sur le bord des routes lorsqu'on est sûr qu’on ne rencontrera plus personne.

Je plonge mon regard dans le sien.

Nous sommes seuls au monde.

La foule hurle :

      - Le Pen…salaud…le peuple aura ta peau !

Je pose mes lèvres sur les siennes. Sa bouche s’entrouvre. Nos langues se cherchent. Nos langues se trouvent et se mêlent.

 - Le Pen…serre les fesses… on arrive à toute vitesse !

Tandis que le convoi s’ébranle vers la place de la nation, Nous flottons sur un petit nuage tout blanc, vers le paradis.

Malgré une température basse pour la saison, j’ai chaud.

Ma main glisse subrepticement vers…

 

- Première… Deuxième…Troisième génération…Nous… sommes… tous… des enfants d’immigrés… Première… Deuxième… Troisième génération… Nous… sommes… tous des enfants d’immigrés…

Nos cris se mêlent à ceux de la foule. 

- Première… Deuxième…Troisième génération…Nous… sommes… tous… des enfants d’immigrés… Première… Deuxième… Troisième génération… Nous sommes tous des enfants d’immigrés…

 

Place de la nation, près du Mac Do pas encore démonté, nous échangeons nos "téléphones".

Après un dernier baiser (le deuxième !) nous nous séparons.

Je la suis des yeux. Elle se dirige vers le métro, se retourne, me fait un signe, puis disparaît, absorbée par un flot humain qui regagne les entrailles de la Terre.

 

…Première… Deuxième…Troisième génération…Nous… sommes… tous… des enfants d’immigrés… Première… Deuxième… Troisième génération… Nous… sommes… tous des enfants d’immigrés…

 

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