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Je me dis qu’avec la Pensée je ne peux plus m'ennuyer. Désormais elle va égayer mon séjour parmi les vivants. L'hiver de ma vie devient printemps grâce aux fleurs de la Pensée. C'est entre les choses que la Pensée jette des ponts de relations. Ces ponts, créateurs de significations.  Et cette signification devient une valeur, que je me dis que je me donne. Par exemple si ma pensée met en relation le mot orage avec l'image d'un verre. D'abord le mot n'est pas l'orage. C'est simplement un mot qui me fait me souvenir de mes orages vécus. L'image du verre n'est pas le verre. C'est une image qui ressemble aux verres que j'ai pu tenir en main et dans lesquels je buvais. Par le chemin de la pensée je me trouve renvoyé dans la mémoire de mes sensations.

Il fait chaud. Le ciel est gonflé de nuages. Je suis heureux de déguster un verre d'eau fraîche. Mais le mot orage s'écrit avec un O majuscule. C'est l'Orage. Celui des temps mythiques. L'Orage était un dieu. On le priait d'amener la pluie, mais on le craignait aussi car l'Orage enflammait la Terre. De cette démesure on redoutait le pire. Mais je tiens mon verre d'eau en main. C'est un verre campagnard. Le verre me rapproche des humains. Sur les tables, dans les journées de noces, où on boit dans la cour, la table est dressée sous l'orage qui s'annonce menaçant. Je ne peux me restreindre aux choses binaires du départ ; mot Orage et image du verre. La pensée me conduit vers une noce. C'est toujours ainsi. La pensée crée obligatoirement des histoires de noces. La fusion de deux différences. Mais noces provisoires. Tant que la pensée ne viendra pas distraire les époux. La pensée est souvent cause  d'infidélité. La pensée se glisse même dans les étreintes les plus charnelles. 

Je bois mon verre que j'ai rempli d'eau malgré moi. Je bois mon verre et je pense à une femme. L'orage arrive. Mais il n'est pas l'orage atmosphérique, il est l'orage qui tourmente ma liaison orageuse que j'entretiens avec la femme à laquelle je pense en buvant mon verre d'eau. Eau, comme l'O majuscule du mot orage.

Rien ne va plus. Je ne veux plus penser. Penser me déporte, me dérive, penser me dépense. Comment penser que la relation entre le verre et l'orage produise d'autres phénomènes que associatifs ?  Toutes les histoires possibles se valent. Toutes nos histoires sont projections et représentations. Je regarde le verre. Je vois le mot orage. J'oublie à trop le savoir que c'est une peinture de Magritte. Je saisis le verre. Il ne se brise pas. J'entends le mot orage parce que je lis le mot orage. Je ne veux plus rien d'autre penser. Je suis muet, immobile. Je dois rentrer dans une matière. C'est encore hélas une opération de l'esprit. Je ne suis pas matière et ma conscience me joue des tours. Tout est montré suspendu dans le vide, chez Magritte. Jamais de contexte. Je réalise seulement que le texte contenant les signes binaires de Magritte, je viens de le fournir. Un parmi tant d'autres envisageables. Une histoire encore de subjectivité.

Buvons un verre ensemble, lecteur et que la force de l'orage pétrifie nos cerveaux, pour une relaxation bien méritée de nos méninges.

 Soyons, soyons, et rien que cela, sans autre forme de rhétorique.

 

Tag(s) : #Textes des auteurs
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