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Marine avait espéré qu’une bonne nuit de sommeil annihilerait  la douleur mais, ce matin, au réveil, il n’en était rien !

 

« Quelle vachardise ! Trois semaines, à endurer  cette satanée minerve pour un « enfoiré » de chauffard qui m’a grillé  la priorité !

Celui là si je le tenais, j’en ferais  de la bouillie ! »

 

D’allure très distinguée, la jeune  femme n’essayait  pas de contrôler une  impulsivité qui sous le coup de l’émotion donnait lieu à des  familiarités qui  étonnaient toujours son entourage. Mais, on  lui pardonnait vite ses écarts de langage tant cet étonnant  mélange d’aristocratie, d’humour insolent, de spontanéité, de simplicité, de générosité la caractérisait et  contribuait  à son charme !

 

Marine, l’âme chagrine, soupira :

« Bon ! Je ne vais pas me laisser  abattre ! Il faut à tout prix que je purge mon moral ! »

 

 Elle  attrapa son portable : « Au programme, restau avec Anne » !

 

A midi tapante, les deux amies se retrouvèrent devant « les anneaux de Saturne » ! Elles avaient là, leurs habitudes ! Férues d’art, elles venaient souvent y boire un verre, un thé ou un café, plus rarement y déjeuner - la carte était un peu chère - et profiter ainsi des expos qu’accueillait  régulièrement le restaurant. Elles adoraient l’architecture et la déco renaissance de cet  établissement réputé et branché de Paris : armoires à larges vantaux, dressoirs, sièges capitonnés de velours, lustres en bronze, rideaux en damas, colonnes, pilastres ….

A  la grande salle, elles préféraient toujours l’intimité et la chaleur rouge carmin du salon  « Michel Ange» mais aujourd’hui, point de places ! Elles se sentirent  flouées et furent obligées de se replier sur l’inconnu,  le boudoir « Léonard de Vinci » !

Elles furent immédiatement conquises par le bleu turquin des tentures, les tableaux, la ciselure et niellure élaborées des meubles. Dans un coin trônait une magnifique cathèdre à haut dossier comportant un coffre sous le siège. La table était dressée, sur une nappe en lin et soie, brodée d’or et le service, en porcelaine délicatement fleurie, les ravit. Marine remarqua  sur un petit guéridon, une statuette de Minerve. Amusée par ce clin d’œil du destin et séduite par l’atmosphère feutrée et raffinée du petit salon, la jeune femme perçut très vite l’ébauche d’un mieux être !

 

En véritable gastronomes, les deux amies se régalèrent d’un délicieux pavé de dindonneau  à la crème de cèpes sur bayaldi de légumes, accompagné d’un verre de côte rôtie  « les  grandes places », cuvée 2006 ! Fille de viticulteurs, Anne invita son amie à apprécier comme il se doit l’équilibre et la finesse de ce vin d’un éclatant rubis, mûr, doux,  légèrement  faisandé où pointaient des arômes de cerise confite, de violette, de poivre et d’herbes !  

Au dessert, elle craqua pour un moelleux au chocolat des Caraïbes et croustillant Gianduja et Marine, pour des bananes flambées à la cannelle et aux amandes,

 

Depuis toute  petite, c’est avec cette gourmandise que son grand-père l’avait consolée des trahisons de la vie. Papé Alphonse n’était plus là, mais par réflexe, chaque fois que la vie la cabossait,  Marine éprouvait toujours une irrésistible envie de bananes flambées. C’était une des spécialités de cette grande table et c’est pourquoi elle avait  ressenti, après ses déboires de la veille, le besoin de déjeuner ici.

Elles étaient  vraiment  délicieuses ces bananes flambées ! Sans nul doute, elles lui firent le plus grand bien ! Mais rien avoir avec celles de son enfance. Ce parfum, ce goût- là, elle savait ne jamais les retrouver !

 

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