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Elle était belle, très belle, même au réveil, les yeux mi-clos, encore fatigués par nos discussion nocturnes dans notre course contre le temps.

Aujourd’hui qu’elle est partie, tragiquement, je me sens perdu, au bord d’un puits sans fond, prêt à rechuter, à reprendre mes anciennes habitudes, retourner à mes vices sans remords ni regrets, sauf celui de ne plus jamais  revoir Magali.

Il y a vingt déjà que l’on s’est connu, par hasard comme c’est si souvent le cas. Un braquage qui a mal tourné, le banquier qui, dans un malheureux réflexe, appuie sur l’alarme et le coup de feu qui part sans réfléchir ; j’avais vingt ans, lui aussi mais pour toujours hélas. Le banquier qui s’écroule lentement, très lentement, continue de hanter mes nuits aujourd’hui, malgré les années passées à l’ombre dans cette petite cellule sans fenêtre, oublié de tous, ou presque.

Magali, elle, cabossée par la vie, voletait d’homme en homme, de trahison en rupture violente, retrouvant ses maris et amants, soit à la morgue, soit en prison.  Elle les supportait comme on supporte PPDA au journal, par pure habitude, comme une statuette empoussiérée héritée d’une folle arrière grand-mère qu’elle n’a jamais vue et qui trône sur un meuble depuis la nuit des temps. Puis un jour, qu’elle rendait visite à l’un ou l’autre de ses hommes, nos regards se sont croisés furtivement mais ce jour-là fût pour moi comme une renaissance, l’envie retrouvée de sortir, de revivre. Il me restait quinze ans à purger avant d’être de nouveau libre.

Ce ne fût qu’un an plus tard qu’elle m’adressât pour la première fois la parole. Elle quittait son énième amant dans des mots violents et moi, j’étais dans le parloir juste à côté discutant avec mon pénible avocat dépressif, de ses soucis familiaux, de sa maîtresse qui lui coûtait si cher. La fureur exubérante de Magali me plût et nos regards bleus, à nouveaux croisés, la firent se calmer d’un seul coup. Et la semaine suivante, ce fût moi qu’elle vint voir ; et cela dura quinze ans, jusqu’à ma sortie, fin de la vachardise de vie qui fût la mienne même si je la méritais à cent pour cent.

J’avais quand même la mort d’un homme sur la conscience. Ce n’est pas rien pour démarrer une relation, une ébauche de liaison. Semaine après semaine, malgré tout, notre couple prenait forme, nous partagions nos passés, fabulions sur notre futur encore si lointain. Et puis, le jour est arrivé et je suis sorti, libre sous condition mais libre quand même. Et surtout, pas seul !

Le début fût difficile, très difficile. Nous vivions côte à côte mais pas vraiment ensemble, trop épuisés pas nos vies antérieures. Elle, flouée par ses ex et moi, annihilé par les épreuves de la prison. Pour elle, c’étaient les coups de poing, les disputes, les fugues, l’alcool parfois. Pour moi, c’étaient les rackets, la drogue, la violence quand ce n’étaient pas les viols.

Puis, peu à peu, nous nous sommes ouvert l’un à l’autre comme au temps du parloir en prison. Nous nous sommes touchés, nous nous sommes aimés, péniblement au début pour arriver quelques années plus tard à enfin, ensemble, y prendre du plaisir sans retenue, sans regard sur nos échecs du passé.

Magali était belle, très belle. Trop belle pour la perdre dut se dire l’un de ses derniers amants. Elle fût suivie, poursuivie, suppliée par ce démon. Elle le repoussa tant et plus mais il revint chaque fois, toujours plus obstiné, violent. Et pour ne pas la perdre définitivement, il l’étrangla quasiment sous mes yeux sans que j’eus le temps d’intervenir.

Je ne sais toujours pas aujourd’hui pourquoi je ne l’ai pas tué de mes mains, sans doute la peur de retourner sous les barreaux, trahison incompréhensible à mes yeux. Cette absence de réaction m’empêche toujours de dormir aujourd’hui. Je veux oublier et en même temps ne pas l’oublier. Comment survivre sans replonger ? Comment ?

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