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- " Première consigne, veuillez à ce que la bougie ne s'éteigne pas! "

 

Playmobil chevalier blanc et bleu est formel, tout repose sur ce restant de bougie blanche, la flamme étant le symbole de purification, d'illumination, d'amour.

 

- " Mamie, tu es la sentinelle de la flamme et surtout, ne lâche pas la corde! "

 

C'est la deuxième consigne, maintenir ce lien entre ce monde et l'au- delà au risque de non retour.

 

- " Tu peux compter sur moi mon chéri, pour rien au monde, je ne lâcherais cette corde! "

 

Owen passe la corde autour de sa taille, en fait c'est plusieurs lacets de chaussures relier bout à bout par des nœuds.

Je vérifie que l'attache le maintient bien à Playmobil chevalier, qui déjà s'élève lentement comme aspiré par le plafond où s'est formé un cercle lumineux.

Et plus l'enfant est porté vers le haut et plus son corps rapetisse, jusqu'à la même mesure d'un playmobil, six centimètre.

 

- " A bientôt mamie--- mie---mie--- "

 

Owen s'engouffre dans le tourbillon et disparait dans le halo étincelant où résonne l'écho de sa voix enfantine, pleine de courage et d'espoir.

 

Je m'assieds sur le siège en peluche clown qui me retient de ses gros bras douillets.

Un étrange silence envahit la chambre. Contre un mur danse l'ombre fragile de la flamme, la bougie étant placée sur la commode juste en face de moi.

La corde de lacets dans la main gauche, j'observe le vieux parchemin posé sur le sol que m'a confié Playmobil chevalier.

Est dessiné aux crayons de couleur, un cadre comportant six cases représentant six motifs différents.

 

(chapeau melon noir / neige)

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Soudain, le carré numéro 2 s'anime.

 

Inquiète, je vois Owen trébucher, se relever, se retenir à Playmobil chevalier qui lui tend la main.

Le large rebord du chapeau melon noir ressemble à une patinoire.

Ouf! les voila arrivés à la base du melon qu'il faut maintenant monter, pli par pli, une bonne trentaine de marches. Parvenus tout en haut, ils disparaissent à l'intérieur du chapeau.

 

Par transparence, je les vois glisser sur un sinueux toboggan de glace pour atterrir--- dans la neige.

 

A peine sont-ils relevés qu'une horde de playmobil brigand apparait au loin. Des cris, des explosions, des pistolets et des fusils brandissent avec menace.

 

Playmobil chevalier tire de son mieux Owen très surprit de toute cette agitation. Mais la panique leur fait presser le pas, pas de course.

Le groupe d'agitateurs, pirates des mers sans bateau, approchent dangereusement. Alors qu'un certain playmobil borgne attrape, presque, la veste de pyjama d'Owen--- boum!

 

Dans la fumée des pétarades, disparaissent nos deux vaillants héros.

 

(marteau / désert)

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Qui se retrouvent au carré numéro 3, c'est à dire en plein désert sous un soleil de feu.

 

Mon petit bonhomme de cinq ans et demi tombe à genoux, épuisé, assoiffé, le visage offert au ciel uniformément bleu.

Playmobil chevalier le regarde droit dans les yeux, lui pose la main sur l'épaule, - " courage " et l'aide à se relever.

 

Tout à coup, un rugissement de fureur retentit laissant apparaitre un énorme, un colossal, un gigantesque dragon crachant du feu.

Des griffes acérées, des ailes balayant le sable doré, une longue queue de serpent.

 

Malgré la chaleur et la fatigue, nos braves aventuriers courent se réfugier derrière une dune.

Les pas lourds de l'animal font trembler tout le carré numéro 3.

 

Les battements de mon cœur s'accélèrent car je n'ai aucun pouvoir à les secourir.

 

Subitement, Playmobil chevalier se détache de la corde et s'élance sur le sable chaud. Il coure, coure pour attirer le dragon qui ne manque pas de flairer cette proie trop facile.

 

Pendant ce temps, Owen se précipite vers le mirage d'une porte, plutôt réelle, puisqu'après l'avoir franchit il se retrouve dans le carré numéro 4.

Il tire le lourd marteau que Playmobil chevalier lui a donné avant de lui dire adieu.

 

(œuf blanc / acacia)

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Le petit garçon semble perdu, au milieu de cette immense plaine verdoyante parsemé de fleurettes colorées.

 

Alors qu'il marche lentement affligé par le sacrifice de son ami, il s'arrête net, devant un œuf blanc d'une taille démesurée, bizarrement planté parmi des arbrisseaux épineux, aux fleurs jaunes odorantes et sans feuille. Ressemblant à du mimosa, certainement des acacias.

Contemplant cette insolite découverte il voit arriver droit sur lui, un essaim d'abeilles géantes.

 

   "  Main innocente de l'enfant rêveur.

      Abime désespéré d'un monde monstrueux.

      Sauver l'amour maternel pour revenir de l'irréel.  "

 

Owen tend le bras, la main se tourne, le doigt se courbe.

 

Toc! toc!

 

ça vous semble bizarre à vous, qu'un enfant frappe à la paroi d'un œuf blanc, dans une plaine bientôt envahit d'insectes titanesques?!

 

L'enfant unique, sans frère ni sœur, crée naturellement de telle expédition ou le songe côtoie la réalité, ignorant ainsi la solitude.

 

Toc! toc!

 

Une étroite ouverture, juste le temps de se glisser à l'intérieur et se referme. Crépitement effrayant des abeilles contre la coquille.

Mais l'œuf n'est-il pas l'emblème de l'enfantement, du cocon protecteur du fœtus.

 

Dans le silence revenu, paisiblement l'enfant s'endort.

 

Le temps passe.

Je tire légèrement sur la corde de lacets. Owen se réveille. La bougie touche à sa fin et si celle ci s'éteint, je ne reverrais plus " jamais " mon petit fils!

Comment le faire sortir de sa cachette transformée en prison?

 

Faire confiance à l'enfance!

Roulades avant, roulades arrière, l'œuf bouge dans tout les sens, ci bien que la coquille se fragilise aux épines d'acacia et se brise au désir ardent de l'enfant.

 

Owen sort prudemment et récupère le marteau qu'il avait abandonné dans l'herbe.

 

Alors qu'il marche, tout pensif, instantanément il s'arrête.

 

- " Chaton---chaton, je suis là. "

 

Le petit garçon ferme les yeux, cette voix adorée, ce murmure tout en douceur. Il lui semble même sentir le délicieux parfum de---

 

- " Maman! "

 

Il tourne lentement sur place, son regard fouille chaque recoin.

 

- " Je suis là! regarde moi chaton. "

 

Owen tourne la tête vers le carré numéro 5, et se faufile d'un pas léger sur les mots envolés de sa mère qui lui ouvre le passage.

 

(verre transparent / l'orage )

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L'enfant remarque un haut verre transparent avec à l'intérieur une forme qui gesticule, qui lui fait signe.

 

- " Ma---man? "

 

Il se précipite, alors que le ciel s'assombrit de nuages menaçants.

 

- " Maman!

 

- Mon chéri! "

 

Leurs mains se posent sur le verre sans se toucher.

 

- " Maman! "

 

Les larmes inondent son visage, en même temps la pluie se déverse périlleusement dans le verre.

Le tonnerre proteste sourdement. Des éclairs aveuglants traversent l'espace entourant le verre et l'enfant, éclairant---le marteau!

 

Owen s'en saisit et tape, tape de toute ses forces contre le verre maintenant remplit d'eau où sa maman adorée se débat, se noie!

 

Clac---ac!

 

Le verre se brise, l'eau déferle en vague emportant la maman et son petit héros qui a juste le temps de s'accrocher à elle.

Puis le ciel s'éclaircit, les nuages se dissipent, le soleil éblouit la nature.

Owen ouvre les yeux et se penche sur sa mère.

 

- " Maman--- "

 

Gémit-il en déposant un doux baiser sur son front. Pas de réponse, pas de mouvement, un silence lourd et morbide.

Les sanglots dans la gorge, épuisé et impuissant l'enfant voit arriver droit sur eux, des fourmis volantes de taille impressionnante.

Celles ci les prennent sans doute pour leur déjeuner car l'une s'empare de la maman et s'envole.

Owen cramponné à un bras de sa mère sent ses mains glisser, ses doigts se resserrent, ses mains glissent encore.

 

- " Non---on---on--- "

 

(chaussure noire à talon / la lune)

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Il tombe dans la chaussure à talon du numéro 6, aussi haute qu'une montagne.

Sans doute le garde manger des insectes.

Heureusement, sa mère est lâchée en même temps et git à ses côtés.

 

Un soir, pour l'endormir, sa maman lui a conté que la symbolique de la lune est la croissance, de la naissance à la mort et de la mort---à la vie!

 

Au loin, les fourmis volent vers d'autres captifs, le jour s'éteint, la nuit étend son voile obscur.

 

- " Brille lune mystérieuse, lune magique de la renaissance sans cesse renouvelé.

S'il te plait--- rend le souffle à ma belle maman, mon adorée, mon amour de ma vie---"

 

Prie Owen, la tête levé vers le ciel étoilés, le cœur plein d'espoir.

 

- " Hum---chaton---

 

- Maman! "

 

Il se blottit dans la tendresse, dans l'infinie, dans sa maman retrouvée.

 

(la bougie / le plafond)

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Un cercle lumineux apparait au fond de la chaussure.

Le petit tourbillon enveloppe les deux rescapés.

Le plafond de la chambre, la corde de lacets se détend, glisse, glisse.

 

Maman et Owen tombent doucement sur le lit en retrouvant leur taille normale.

Juste à temps, pour voir le plafond se refermer sur la bougie entièrement consumée.

Mamie les accueille par des exclamations de joie.

 

 

Epilogue.

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Owen se débat, sa mère l'entoure de ses bras de tendresse, caresse ses cheveux, l'embrasse.

 

- " C'est rien chaton, un mauvais rêve, rendort toi vite. "

 

L'enfant passe une main autour du cou de sa maman et s'assoupit confiant, tenant dans l'autre main Playmobil chevalier blanc et bleu.

 

 

Magritte se doutait-il qu'en dessinant " la clef des songes, " il traçait la route à un petit garçon débordant d'imagination et aventurier au grand cœur!

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