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Fidèle à mes habitudes de grande maniaque, j’enfile mes escarpins vernis, boutonne mon chemisier, serre la ceinture de mon imperméable, donne un coup de brosse à ma tignasse échevelée, jette un dernier coup d’œil dans le miroir de l’entrée, applique une dernière touche de rose sur les lèvres et attrape la paire de gants achetée il y a deux semaines. À 10 heures tapantes, je sors de mon logis et m’en vais dans les rues lyonnaises pour mon périple quotidien.

 

Le temps est limpide, propice à la légèreté et à l’insouciance. Pourtant, mon esprit est ailleurs. Depuis la veille au soir, je ne cesse de me rappeler les paroles sibyllines de Greta au sujet de Suzanne, notre voisine de la rue des Lilas. Qu’a-t-elle bien voulu signifier lorsque l’air de rien, elle me faisait part des incessantes visites d’un certain individu que notre chère Suzanne acceptait de recevoir en l’absence de son mari ? Serait-il possible qu’elle … Non, je n’ose l’imaginer ! Suzanne … Une catholique … Non, ce n’est pas croyable. Il doit y avoir erreur. Pourtant, Greta semblait pleine de certitudes. Et puis, comme le disait si bien ma tante Andrée, il n’y a pas de fumée sans feu. Alors, que faut-il en penser ? J’avoue être perplexe. Moi qui croyais si bien connaître Suzanne. Et Greta ? Oh vraiment, quelle histoire ? Si ce n’est pas Dieu possible de telles complications ! Me voilà toute chamboulée. Bon, il faut que j’en aie le cœur net ! Le mieux est encore d’aller vérifier cette histoire et de faire la lumière sur cette obscure affaire. Rassurez-vous, vous pouvez compter sur votre bonne vieille Lise pour tirer au clair cette sombre intrigue. J’ai ma petite idée. Bon alors voilà, je vais me poster dans le café situé en face de la maison de Suzanne. Puis, une fois à mon poste, j’attendrais le moment opportun. Dès qu’il sera dans les lieux, je foncerai jusqu’à la porte prétextant une simple visite de courtoisie. Ils n’y verront que du feu et là, je les prendrais la main dans le sac ! Pas bête, hein !? Oui, c’est ça. Voici une riche idée. Il n’y a plus qu’à mettre en place cette petite opération. Ne perdons plus de temps. Vite, vite. Il faut que je me dépêche. Il ne faudrait surtout pas que je les rate. Pressons, pressons.

 

Ah ! Mais qu’est-ce que c’est ? Le chat de ma voisine ! Tout aussi crétin que sa maîtresse ! Mais, il a perdu la boule ou quoi ? Toutes griffes dehors, il déboule de sa masure, prêt à ruer dans les brancards. Impossible de l’éviter. Il me surprend au détour d’un carrefour encombré, se faufile dans mes jambes vacillantes et ni une ni deux, me voilà cul par-dessus tête au milieu d’une foule de passants aussi ahurie que moi. Et pas un pour m’aider à me relever. Non mais, je vous jure, quelle tristesse ! Et ce mal de tête qui me lancine. Quelle misère ! Moi qui avais presque atteint ma cible ! Je n’étais qu’à quelques mètres. Plus que quelques pas et la vérité aurait éclaté au grand jour. Au lieu de cela, j’ai les fesses par terre et … du sang plein la tête ! Il n’y a vraiment aucune morale en ce bas monde. Aucune équivoque possible : le chat de ma voisine ne m’a pas ratée, Suzanne et son sinistre amant s’en donnent à cœur joie tandis que je suis étendue sur l’asphalte sans qu’aucune âme secourable ne me vienne en aide. Et la tendresse bordel, vous en faites quoi !?

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