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Il pleut des clous. Il pleut averse.

La pluie tombe drue, sec, gigogne et s'acharne sur tout ce qu'elle rencontre. Elle se fait choquante, obsessive, redondante et intrigante. Partout où elle porte ses pas, elle se fait saccadée, intrépide, accablante et obsédante. Elle dessine à qui veut la voir frémir, des ronds translucides qui finissent tôt ou tard par se fondre en flaques nonchalantes. Elle vient chatouiller les pièces de billes en verre rutilant accrochées aux linteaux des maisons!  Touchée  par leurs présences, elle accorde aux autres, à ceux-là même qui se laissent déranger; la possibilité de la sentir vibrer, palpiter et respirer sur les vitres aux carreaux écaillés! Elle se présente souvent sans prévenir, tôt à l'aurore ou tard le soir, lorsque le soleil baille, s'étire et cache sa face ronde sous le sombre manteau de la nuit opaque qui naît.

 

La pluie ose au grand regret des mordus asséchés des averses poussiéreuses se faire le plaisir d'un bonheur à petits pas de danse acrobatique ! Sur des airs nostalgiques des années perdues, les parapluies s'entrechoquent aux rythmes chaotiques des passants déambulant sur les boulevards pressés! Des portes de café s'entrouvrent et claquent sous les bourrasques du vent.

 

Les lumières blafardes du magasin général du coin disparaissent sous l'épais brouillard. La pluie froide tombe de plus en plus monotone sur les pavés esseulés de gris délavé. La porte crisse outrageusement sous ses vieux gonds rouillés…  J'entre dans la hâte de fuir cette exécrable saleté translucide.

 

- Mais ! Sacré nom d'un chien ! Entrez voyons ou passez outre vos achats, s'insurge la vendeuse à l'air ahuri me voyant dandiner sur ses carreaux d'une propreté impeccable. Pas un chat n'oserait sortir le nez dehors.

 

- Mais voyons ma chère dame j'entre, j'entre. Outre le fait qu'il me fasse passer outre sans le sous sous ce sale temps de chien et des achats j'en ai. Sachez donc que pour les chiens… je m'y connais et les ai en sainte horreur. Il faut les chasser. Mais je n'ai pas de chat voyons.

 

Sa voix acariâtre me glaça les os que j'avais d'ailleurs déjà glacés… Comme si la glace que j'avais mangé la veille dans ce bar un peu trop froid… Glacée comme la glace sur laquelle j'avais aussi réussi à m'étaler de tout mon long. Comme si quelqu'un d'aussi filiforme que ma personne pouvait s'étirer davantage.

 

- Ai-je l'air d'un chat d'aiguille ? Et tout cela dans l'espérance d'un coup de fil. Et pas n'importe lequel, dis-je d'un ton pressé.

 

- Je n'ai pas le téléphone vous savez. Pour ce qui est de passer un coup de fil ? Y a chez la voisine, mais je ne sais pas son numéro. D'ailleurs, il faut la tenir au pas cette Jeannine. D'ailleurs, c'est quoi son pas de porte ? Oui en effet, c'est un temps parfait pour les chats. Mais eux au moins ont le bon usage de laisser leurs gouttes à l'extérieur… Oui, parlez m'en des achats d'anguille… Tenez, vous n'allez tout simplement ne pas me croire. La semaine dernière c'était la fête de la sole et ...

 

Mais en fait, était-ce bien ce bar ou ce café ou ce commerce ou cette nuit qui n'en finissait plus de clouter cette sacrée bouillie pour les chats de gouttière ? Et dire que je détestais le pâté. Et surtout après avoir traversé tout ce pâté de maisons malotrus en rangées rectiligne aux fenêtres des plus austères avant d'atterrir dans ce commerce où j'ai failli recevoir toute une pâtée.

 

- C'est cela… c'est cela, j'ai tout compris. J'imagine qu'à eux au moins, vous ne leurs demanderiez pas de passer outre par un temps pareil. Un temps à ne pas faire sortir un chat dehors. Et moi qui n'ai pas un sous. Mais ce sont les flaques en gouttes que j'essaie d'éviter. J'essaie tout bonnement de passer entre les gouttes et voilà que ça goutte de plus en plus et pour rien de plus, sinon d'énorme flaques. Et voilà que ça m'amène chez vous. Quel temps de pluie pour un chat aux poils humides. Et quelle nuit pour un chien qui ne veut plus courir après les chats par un temps pareil. Moi en fait, ce que je préfère, ce sont les chats d'aiguille vous savez, par où l'on ne peut pas passer son parapluie ouvert. Et vous aussi vous avez des chats au nom bizarre. Tenez, le mien je ne m'en souvenais plus, mais son nom me revient maintenant. Il avait lui aussi un drôle de nom. Un nom de temps de chien. Parapluie qu'il s'appelait.

 

- Ah ! Bon ! Il est temps que vous le demandiez. D'ailleurs, regardez sur l'étagère d'en haut… Oui, oui c'est ça. Cé bien le dernier qu'il me reste par un temps pareil… Mais qu'est-ce qui vous a prie de sortir sans le sous, sous toutes ses gouttes qui dégouttent… Et ne mettez pas ma boutique sans dessus dessous. Et tenez… me dit-elle en me jetant un vieux chiffon presque dans la figure… Cé pour les carreaux…

 

Et me voilà qui m'approche de la grande fenêtre à carreaux, toute propre et bien au chaud.

 

- Mais qu'est-ce qu'ils ont tous ces carreaux que je ne peux faire briller ?

 

- Mais voyons, je parlais du plancher sur lequel vous vous astreignez à laisser vos traces… Et comme je vous le disais… à cette fête, on la faisait frire de tous les côtés. Bien juteuse et revenue dans son jus cette sole… Ce n'était pas une mince affaire.

 

- Bien justement, l'affaire qui nous concerne me semble-t-il, est de trouver ce fichu numéro. Autant chercher dans les feuilles d'un saule. Et pour ce faire, il faudrait bien passer outre les gouttes qui rissolent et me le filler enfin… ou bien dois-je passer par le chat de l'aiguille pour le trouver ce fichu numéro ? Et pour la sole vous disiez ?

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