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Je connais très très bien le père noël!

Depuis ma naissance, je le côtoie régulièrement.

Je m'appelle Marie et j'ai à peine douze ans.

 

Le coucou de l'horloge sonne vingt et une heure.

La porte d'entrée claque en un petit bruit sec.

Déjà!

Le père noël est de retour à la maison.

 

Vite!

Je sors de mon lit, ouvre le grand coffre à jouet vide, me glisse à l'intérieur en refermant doucement le couvercle.

C'est un coffre magique!

Normale, tout est surnaturel dans la demeure du père noël.

 

Je peux voir, entendre tout ce qui se passe autour de moi, sans être vu!

J'ai douze ans, je suis encore une enfant, je peux facilement m'évader dans l'irréel - - - protecteur.

 

La semaine dernière, à l'école, la maitresse nous a demandé de décrire le père noël et son quotidien, en raison des fêtes de fin d'année.

Trop facile comme rédaction!

 

Le père noël est un homme physiquement robuste, genre bucheron.

Sauf que lui, il est plutôt commercial dans un hypermarché de meubles.

Son talentueux bagou fait l'admiration de ses collègues   (avec qui il

partage ses primes au bar du coin.)

Euh! non ça, je l'ai pas écrit.

 

Grâce à son travail largement rémunéré, plusieurs fois dans l'année, le père noël offre des vacances de luxe à sa famille.

Et différentes paires de lunette de soleil à son épouse adorée.   (Les

yeux au beurre noir c'est néfaste pour la réputation de la famille

modèle.)

Euh! ça, j'ai aussi évité de l'écrire.

 

Le père noël est dévoué aux personnes âgées.

Eh oui! il offre volontiers son bras pour traverser la chaussée.

Ou ,il dépose généreusement des bouquets de fleurs sur les paillassons des appartements, en signe de bon voisinage.

(Je crois qu'il pense ainsi, calmer l'impatience de ses voisins lassent de son tapage nocturne en vaisselle cassé et cris divers.)

 

Là aussi, j'ai préféré gommer la vérité.

 

Le père noël a pour sa petite fille, moi, un amour inconditionnel.

Une fois par semaine, il rentre les bras chargé de paquets enrubannés, de jouets.

Ces offrandes me laisse pensive - - -

(A t-il besoin de se faire pardonner ma jambe dans le plâtre? Ou ma main ébouillantée? Sans oublier ma petite dent de devant, cassée par une maladroite gifle?)

 

Chut! surtout ça, il ne faut pas le raconter.

 

Bien sur, le père noël se rend chaque dimanche à l'église, accompagné

de sa petite famille, très soumise.   (Qui prie dans un hurlement

intérieur, que le Dieu de justice les libère de ce monstre.)

 

Décidément, là aussi, je devais railler cette phrase dans ma rédaction.

 

Heureusement que c'était un brouillon.

En recopiant, j'ai bien fait attention de ne pas mentionner les parenthèses.

 

Tout est beau, parce que mon papa est le père noël!

 

Mes amies m'envient.

La maitresse me note bien au dessus de mes compétences.

C'est que mon père siège au conseil des parents d'élèves, respecté pour ses donations financières, qui avantagent notre école en matériel sophistiqué.

 

Enfin, le père noël est intouchable, comme dans les contes.

Intouchable - - -

 

Je transpire un peu dans le coffre à jouet.

Lentement, je soulève le couvercle.

 

Cette année encore, le directeur de mon papa lui a demandé de revêtir le magnifique habit du père noël.

Au deuxième étage de l'hypermarché, une estrade, un fauteuil. Un sapin illuminé, les rires des enfants confiant leurs voeux de cadeaux.

 

Je lève la tête au dessus du coffre.

 

Il est là! devant moi! le colossal père noël!

Ou est-ce mon papa, qui tient méchamment ma maman par les cheveux?

De fins filets de sang coulent de son nez, de ses fines lèvres tremblantes. Le regard horrifié de ma maman qui me renvoi toute son impuissance.

 

Le père noël me sourit et je le trouve franchement ridicule avec son bonnet à pompon blanc.

Le sourire de mon papa se fait de plus en plus large, grimaçant.

 

Il avance d'un pas.

Je me redresse.

Je lève l'arc et tend la corde de la jolie flèche d'argent.

 

Mon papa se fige sans lâcher sa captive en larmes.

 

C'est son dernier cadeau, une inscription au tire à l'arc.

 

Le mélodieux sifflement de la flèche, projetée de toute la force de mes douze innocentes années de martyre.

 

Le père noël s'écroule contre le mur, touché en plein coeur!

 

Des années ont passé.

 

La justice m'a condamné avec sursis, libre de ne plus souffrir!

 

Je me suis mariée et j'ai eu quatre adorables enfants.

J'ai divorcé pour échapper au mauvais sort familiale.

 

Aujourd'hui, c'est la fin de l'année.

Les enfants heureux ouvrent leurs modestes paquets.

Ma maman me sourit et je lis dans ses yeux brillants, l'espoir grandissant de l'avenir.

 

J'ai revêtu l'habit rouge.

Eh oui! chez nous le père noël n'existe pas!

C'est moi! la Mère Noël! et ma hotte est remplit de tendresse.

 

Dehors,je vois  par la fenêtre, tomber la neige vaporeuse apportant enfin, la Paix et la Joie!

 

"  La neige possède ce secret de rendre au coeur en un souffle la joie naïve que les années lui ont impitoyablement arraché.  "

(Antoine Maillet)

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