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C’était un ami précieux. Toujours là quand j’avais besoin de lui. Tout près. Tellement proche de moi qu’il m’accompagnait partout, en tout lieu, en tout temps.

Notre rencontre avait été une évidence. Et très vite, nous nous étions rendus-compte que nous étions inséparables. Chacun avait besoin de l’autre pour vivre. Et ce, depuis notre plus tendre enfance. Je crois bien que la première fois où nous sommes tombés l’un sur l’autre, c’était sur les bancs de l’école, c’est vous dire...

Fidèle, simple, tantôt soumis, tantôt rebelle. Son petit corps svelte et allongé m’était rassurant. Il portait toujours un capuchon doré, très épuré, qui donnait à son allure tubulaire une sorte de supériorité et de grandeur innée. Aussi absurde que cela puisse paraître, je ne faisais jamais rien sans lui. Compagnon de ma vie, de ma solitude, de mes douleurs comme de mes petits bonheurs, je le sortais à toutes occasions. Il était le témoin permanent de mes incompétences ou au contraire, de mes réussites. Il ne trahissait jamais mes pensées et me permettait un peu d’exister. Parfois taquin, parfois coquin, il était mon sillage. Quand, de mes mains maladroites et tremblantes, je le prenais dans mes mains, il y avait comme une fusion inexpliquée, et certainement inexplicable, entre nous. Mais tellement magique ! Il me donnait en offrande, un peu de son sang noir dont je m’abreuvais passionnément lorsque ma vie vacillait, et inutile de vous dire que c’était assez fréquent. Notre complicité était sans équivoque. Je buvais ses mots aveuglément et il traduisait mes états d’âme de façon fidèle et juste. Il était très joueur et parfois même se glissait dans ma vie sans que je ne m’en aperçoive. Je me souviens de cette nuit où j’avais du vider et recharger son réservoir au moins quatre fois d’affilée, tant il était prolixe. Il ne s’arrêtait plus. Moi non plus, forcément. Dans le silence de cette nuit j’entends encore le bruissement de sa plume sur le papier, ce murmure langoureux et infini dont tout écrivain ne se lasse jamais...  Il faut dire qu’il avait une plume si douce et si généreuse qu’elle glissait avec grâce sur le papier qu’il griffonnait. J’étais alors en extase.

Depuis quelques temps il commençait à donner des signes de fatigue, et même si je faisais semblant de l’ignorer, au fond de moi je savais que ça allait arriver... Et c’est arrivé, bien entendu. Un de ces soirs où la nuit ne tombe jamais, il a commencé par se fendiller sur toute la longueur, puis ses entrailles sont totalement sorties de son étui, laissant apparaître sa cartouche d’encre noire, son petit cœur de plume.

Mon stylo-plume, compagnon de vingt ans, m’avait lâché.

Difficile pour un écrivain de se séparer de son plus fidèle ami.

On se dit que l’on écrira plus, que l’on ne retrouvera jamais un stylo plume à la hauteur, que l’inspiration partira, et que je partirai avec aussi...

Alors, je l’ai délicatement déposé dans une boite en carton blanche, sur laquelle il m’avait écrit avec sa belle plume, ces dernières lignes d’une extrême finesse :

Tends-moi la main

Je t'offrirai en sacrifice

Des perles de pluie

Que tu feras tiennes,

Pour éteindre le feu

Et soigner les coups

Que t'auras donné la vie.

 

 

Tag(s) : #Textes des auteurs
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