Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Dehors, l'orage grondait et je n'imaginais pas encore que la porte s'ouvrirait si violemment. Je ne pouvais pas encore l'imaginer ...

Il pleuvait sans cesse, cette nuit-là. En ces temps reculés, le bitume n’avait pas envahi la ville, et les roues ferrées de la carriole du docteur avaient résonné sur le pavé, jusqu’en haut du beffroi, dont les cloches sonnaient à toutes volées… L’eau dévalait, sans obstacle, en trombes ininterrompues, lessivant les immondices déversées par les fenêtres depuis tant de jours. Une eau purificatrice, rénovatrice, libératrice, qui annonçait un jour nouveau, un évangile… Des femmes accouraient des maisons voisines, couvertes de leurs chaperons, ralentissaient devant l’échoppe qui exhalait des relents de poisson, puis pénétraient, voûtées, dans la solide demeure. Elles en ressortaient, et restaient quelques instants, échangeant à voix basse des commentaires… Au dernier étage, où les fenêtres des maisons se rejoignaient presque, sur une couche grossière, sous le toit qui crépitait sous la pluie, des femmes se pressaient encore, portant à deux ou trois les énormes baquets de la poissonnerie, emplis d’eau chaude… Le docteur, mystérieusement, s’affairait… La pluie redoubla. La femme poussa un long cri rauque, se souleva en un soubresaut bestial, puis retomba lourdement sur le matelas, faisant naître des nuages de poudre blanche... Il est des jours et des lunes, des saisons et des années, où la poussière efface l'entendement :

Je venais au Monde.

Tag(s) : #Textes des auteurs
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :