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Ma Douce,

 

            Une semaine déjà que je t'ai lancé ce cri désespéré : Reviens! Une semaine sans toi, la première de notre vie, c'est si dur. Je te l'ai écrit, j'ai essayé de trouver les mots pour te dire combien tu me manques, combien la vie sans toi m'est insupportable, mais tu restes sourde, indifférente à mon désarroi. Alors, je me le demande: m'aimes-tu? M'aimes-tu vraiment, m'aimes-tu comme au premier jour, comme quand tu étais toute retournée par les cadeaux dont je te couvrais: une bière sur la grand-place avec les copains, David et Gérard, qui étaient toujours de la partie, tu te souviens? Ou les glaïeuls que je t'offrais en plein mois d'août, un immense bouquet aussi flamboyant que ma passion, je ne regardais pas à la dépense. Rappelle-toi, le jour où tu m'as annoncé que tu étais enceinte: je ne t'ai pas laissé tomber comme l'auraient fait tant d'autres! A peine trois mois plus tard, je te proposais de m'épouser. Tu imagines ce que tu serais devenue sans ça? Une fille mère, ça aurait jasé dans ton village! Que pourrais-tu avoir à me reprocher? Je t'ai toujours tellement gâtée!

 

            Je cherche et je ne comprends pas. Les femmes, c'est ainsi, paraît-il: des lubies, des caprices, mais ce n'est pas vraiment votre faute, c'est une question d'hormones, c'est Lucien qui me l'a dit. Il s'y connaît, Lucien, il travaille à la clinique Sainte-Anne depuis quinze jours - mais tu ne peux pas le savoir, tu étais déjà partie - il est technicien de surface dans le service psychiatrie. Donc, je me raisonne, je me dis que je ne peux pas t'en vouloir de ce coup de tête inattendu. Tout ce qui importe pour moi, c'est que tu reviennes, que tu reprennes ta place dans notre maison. Tout le monde t'attend, tu sais. Et comme moi, ils passeront sur ce moment d'égarement et on ne parlera de rien, je te le promets.

 

            Tu l'as compris, je te pardonne, ma Douce. Et pour te prouver à quel point je tiens à toi, je ferai tout pour que ta vie soit encore plus belle. J'ai réfléchi pendant toutes ces nuits où il faisait si froid dans notre lit que je préférais ne pas rentrer. Alors voilà ce que j'ai pensé: nous devrions partir plus souvent. Morne-Bled, tout compte fait, ce n'est pas si cher (c'est peut-être ça qui t'ennuyait), et si Maman s'installait à demeure à la maison, elle nous laisserait sa pension. Cela nous mettrait à l'aise, on pourrait y aller deux ou trois fois en hiver, quand les prix sont bas et qu'il y a moins de monde. Je pense que tout le monde serait content. Et puis, avec Maman, tu pourrais aller une fois par semaine au cinéma, ce n'est pas très drôle d'y aller seule et moi, tu le sais, je préfère la télé. Je m'arrangerais pour rentrer plus tôt et on demanderait à Nadine de venir garder les gosses ce soir-là. Tu partirais tranquille, ce serait vraiment ta soirée.

 

            Et puis aussi, on va prendre un chien. Un chien, ça met de la vie dans la maison. C'est peut-être ça qui te manque, une petite boule de poils avec laquelle on peut jouer. Cela t'obligerait à sortir, c'est vrai, tu ne sors jamais. Si on avait un berger bernois? J'aime bien les bergers bernois, et avec un chien comme ça, tu n'aurais pas à avoir peur quand tu le promènerais le soir avant d'aller coucher.

 

            Tu vois, je ne sais qu'imaginer pour te faire plaisir. Rentre à la maison, je t'en supplie. C'est ici que tu es bien, entourée de toute ma famille, de tous mes amis, à prendre le temps de savourer leur présence, à rire de leurs plaisanteries, à devancer ce qui leur fait plaisir. C'est ton bonheur, l'as-tu oublié, ma Douce?que de m'attendre sereinement chaque soir, ton raccommodage sur les genoux, quand la nuit est déjà tombée et que je te rejoins enfin, plein de bonne humeur et tellement amoureux que je t'emmène aussitôt dans notre chambre. J'ai hâte, si tu savais! Comment mieux te prouver mon amour?

 

            La porte reste ouverte, je t'attends, nous t'attendons tous. Pour fêter ton retour, car j'y pense, tu pourrais nous confectionner ce gâteau Amaroff dont tu as le secret, non? J'en ai déjà l'eau à la bouche!

 

            Tu vois bien que je te pardonne! Reviens, ma Douce, reviens!

 

                                                                    Ton Dominique

 

PS- Pour t'aider, Nadine a changé les draps et passé l'aspirateur dans notre chambre. Peut-on être plus gentil? Tu n'oublieras pas de la remercier!

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