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La sympathie, l'attirance, l'amitié que l'on a pour une personne ne va pas forcément de pair avec son physique. On peut être très moyennement attirant et dégager une aura , un charisme tels que nous attirons le monde autour de nous, nous faisant rapidement des amis. Il en va de même dans les relations amoureuses, nous pouvons trouver du "charme" à notre partenaire sans le trouver forcément beau. Parfois physique et qualités morales vont de pair, ce qui formidable, parfois elles sont en dichotomie totale.

 

J'ai rarement connu ce genre de "beauté"  dans ma vie, mais j'ai surtout rencontré des gens dont le physique ingrat s'alliait avec un fond  noir et méchant, bref, des personnes que j'ai haïes  une bonne partie de mon existence. Mon chef de bureau fut l'un de ceux-là. Au départ, il était plutôt jeune,  la trentaine, moi j'avais quelques années de moins, mais on aurait pu très facilement le prendre pour mon père. Il était taillé à la hache, sa mère n'avait pas pris le temps de le fignoler, c'est sûr, de stature haute, déjà bien enrobé pour son âge, la peau sombre et terne, le regard noir, le front haut, les cheveux plaqués sur le crâne qu'il avait volumineux, une aubaine sans doute pour un intellectuel de son acabit. De surcroît, il était myope comme une taupe et portait de grosses lunettes cerclées de noir qu'il ne quittait que rarement et qui cachaient des  yeux de fouine, curieusement petits et disproportionnés par rapport au reste du visage. Quand il avait égaré ses binocles, je riais de le voir avancer ses mains à tâtons pour tenter de récupérer un instrument (gomme, crayon, document) indispensable.

 

Mais  l'attraction la plus spectaculaire pour nous tous était  de le regarder déambuler dans les couloirs du labo et de se gausser de sa démarche . On aurait dit un personnage échappé du film  "gorilles dans la brume" , il en avait le look à quelques détails près, j'ajouterai pour le fun qu'il avait aussi les bras très longs et très poilus, mais c'est surtout la façon dont il les positionnait lorsqu'il marchait qui nous poussait  immédiatement à faire ce rapprochement. Il marchait en voûtant le dos qu'il avait naturellement rond et contrairement au commun des mortels, qui se déplacent les bras le long du corps et les mains à l'intérieur, lui marchait en repliant les coudes et en plaçant ses mains ( je dirais plutôt, ses grosses paluches) à L'EXTERIEUR .

 

Nous cherchions tous les moyens de nous moquer de lui, un jour, je placardai sur le mur derrière moi une affiche avec une caricature de singe qui portait la légende suivante : l'homme descend du singe, mais certains sont descendus plus vite que d'autres...Je ne sais s'il comprit la fine allusion, mais il ne me fit aucune remarque. Un autre jour où nous parlions à bâtons rompus et où il était dans ses jours de bonne humeur (ça lui arrivait parfois et il pouvait même être très drôle...) il me complimentait sur mon physique, je lui répondis donc ce qu'il prit pour un compliment : "mais vous non plus, vous ne faites pas votre âge !! "Il se mit à se rengorger et à arborer un grand sourire. Mais j'enchaînai aussitôt : "ce qui ne veut pas dire que vous faites MOINS !"

 

Là, je le vis pâlir et sur le point de défaillir. Il préféra quitter le bureau à la hâte en prenant sa démarche habituelle, mais d'une manière acélérée. Qu'ajouter de plus à ce portrait déjà bien chargé, j'aurais mille anecdotes à raconter, mais il me faudrait plus de temps et d'espace, je concluerai que plus que son physique,   c'est son attitude hypocrite (sourire par devant et fusil par derrière), tous les coups bas qu'il a pu nous faire, son refus à accepter la critique, sa propension à écouter les flatteurs et les lèche-bottes du labo qui me l'ont rendu au fil des années aussi antipathique.

 

Il mourut d'une maladie pénible au seuil de sa retraite, je vais paraître dure et méchante aux yeux de certains, mais sa mort, sans me faire de plaisir, me laissa indifférence. Je lui ai tenu rigueur jusqu'au bout des injustices qu'il a commises envers certains de ses employés et ça, je ne lui pardonnerai jamais.

 

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