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Elle avait tout d’immédiatement désagréable.

 

Aux aguets derrière les meurtrières de ses rideaux fait main, jaunâtres comme la peau asséchée de son visage batracien, elle faisait le plein des petits riens de la rue qu’elle passait au tamis de son acidité, et rejetait aussitôt en paquets de scandales par les portes des maisons du quartier.

 

Léontine Gommier n’exerçait pas même l’honorable profession de concierge.. Veuve du Colonel du même nom, elle ne faisait –rien-, son seul titre justifiant son existence et l’idée qu’elle avait de son importance dans la destinée de ses contemporains.

 

Personne ne connaissait son âge, en dehors des enfants convaincus qu’elle était déjà là au commencement des temps, plus menaçante encore que la sorcière du pire des contes de fée.

 

On la voyait le dimanche, parée d’une charité d’emprunt, exhibant un simulacre d’humilité, sortir à petits pas mesurés sur le parvis de l’église. La conscience purifiée par la fréquentation régulière du temple, et les rites pratiqués sans y penser vraiment, elle méprisait le –gueux- couché au bas des marches, ignorait sa coupelle, et jetait au chien un regard haineux.

 

On la voyait aussi ramasser les légumes et les fruits talés laissés sur place par les commerçants à la fin du marché, chassant les nécessiteux qui prétendaient lui disputer le butin.

 

Vous l’avez sûrement rencontrée. Dans chaque village, chaque quartier, quelque part dans l’ombre des cités, une Léontine Gommier veille indéfiniment, disséquant à l’envi les sourires et les pleurs, prophétisant les malheurs de vos lendemains. Pour votre bien.

 

Tag(s) : #Textes des auteurs
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