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En faisant mon jogging ce matin dans les allées de Central Park, une question me taraude l’esprit. Elle me vrille le crâne, bourdonne, gelant, surgelant même toute possibilité de savourer cet instant privilégié. Il est vrai que j’ai toujours eu à cœur de préserver ces précieuses occasions où le temps semble avoir suspendu son vol. J’aime à me lover dans cette bulle de savon où plus rien ne peut m’atteindre. Emoustillée par la brise légère, je me grise de ces foulées qui me portent au gré de mes humeurs. Mais aujourd’hui, rien à faire. Impossible de me laisser aller. Mes pensées se focalisent sur cette épine. Elle me darde, enfle comme une tumeur et emplit mon cerveau. A bien y réfléchir, je crois bien que la conversation avec ma mère la veille au soir, m’a ébranlée plus que je ne l’imaginais. Loin d’être candide, je pressens de nouvelles difficultés. Le ton saccadé de sa voix comme si un mauvais génie avait pris plaisir à rayer de hachures sur le sillon d’un 33 tours, ne laisse planer aucun doute. Je ne serai pas étonnée d’apprendre qu’elle s’est une fois encore empêtrée dans les ennuis financiers. Nul doute qu’à l’heure où je trottine, les dettes ne cessent de s’accumuler. Acculée, je crois qu’elle n’entrevoit plus aucune combine pour la sortir de cette panade. Alors, évidemment je me fais du souci. Et puis, je ne peux m’empêcher de culpabiliser à l’idée de la savoir seule à des kilomètres, loin de moi. J’aimerais pouvoir la rassurer, l’enlacer et lui dire que tout va s’arranger. Mais, au fond de moi, je sais qu’il n’en est rien. A la mort de mon beau-père, ma mère a inévitablement sombré dans les tréfonds d’une profonde dépression. Elle s’est mise à fréquenter les casinos de la région, s’enivrant des heures durant voire des journées entières en actionnant fiévreusement la manette des bandits manchots. C’est ainsi au fil des années qu’elle est devenue addicted au jeu et que les problèmes ont commencé. Pour son plus grand malheur, une obscure cour d’obséquieux a fait rempart autour d’elle la privant de toute lucidité. Il aurait fallu qu’elle fasse le ménage mais il était bien trop tard. Prise dans un engrenage infernal, elle butait sur les murs qu’elle avait soigneusement bâtis. Elle perdait pied un peu plus chaque jour et personne n’était là pour lui tendre la main. Je n’étais pas là pour déclencher le déclic, la petite étincelle, l’électricité nécessaire qui lui ferait envisager son avenir différemment. Alors ce matin, au lieu d’enfiler mon tailleur et de jouer à l’executive-woman, je vais faire ce que j’aurais dû faire depuis déjà bien longtemps ; filer à l’aéroport attraper le premier vol en partance pour Paris.

 

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