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Ma mère m'a toujours préservée du monde qui m'entourait. Le modernisme, comme elle disait toujours, c'est le fléau de la vie. Chez nous, nous vivions sans électricité, comme dans le temps.  Pas de téléphone non plus ni bien entendu de machine moderne dont chaque ménage peut se targuer de disposer sans que cela n'engage trop de dettes dans le budget familial. Elle n'était pourtant pas radine, ma mère, non, elle refusait tout simplement de vivre au présent.

 

L'homme nait bon et heureux, c'est la société qui le corrompt et le rend malheureux. Ca vous rappelle quelque chose ?...  Ce cher Rousseau…  Il a gâché mon enfance  à un tel point qu'aujourd'hui je passe ma vie à « bouffer » goulument de la société et de ses attraits….

 

Je vis à New York, j'achète mes surgelés comme les 19 millions de citoyens toujours pressés par le temps,  à qui un petit jogging chaque matin  dans Central Park, le poumon de la ville, permet d'évacuer le stress de la vie moderne, ainsi que le vertige engendré par les gratte-ciels géants et autres bâtiments tout aussi démesurés. Je rattrape le temps perdu en traversant le pont de Brooklyn, en « brunchant »  au "boat house" de Central Park, tantôt me perdant dans Chinatown, tantôt m'émerveillant dans les musées de New York ou bien encore dans les boutiques de luxe de la 5ème avenue... C'est enivrant ! Je revis enfin dans une ville superficielle, exubérante, séductrice et mythique, dans une ambiance toujours survoltée, au milieu du flot incessant des voitures, des taxis et piétons formant un ballet perpétuel orchestré par le hurlement des sirènes et des klaxons. Le tumulte de la mégapole. Douce liberté.

 

Fini le temps où il ne fallait surtout pas aller de l'avant, où il fallait admirer la nature, le soleil darder ses rayons, le vent caresser la campagne candide, la pluie lessiver les tumeurs de ce monde malsain et ne pas prendre part à toutes les combines de la société. La vie ce n'est pas la luxure, ma chérie, me répétait-elle sur un ton obséquieux, le même ton qu'elle employait d'ailleurs avec tout le monde. La vie, c'est bien plus que cela.

Savoir ce contenter de peu, et s'émoustiller des mille trésors que recèle la nature plutôt que de se perdre dans la grisaille et les hachures des villes.

 

J'ai longtemps subi ce discours et j'ai du le fuir pour pouvoir renaître et profiter de ce monde si malsain ; Avec le temps, et non sans appréhension, j'ai appris à  apprivoiser cet univers si fou qui faisait tant peur à ma mère. Je ne vous cache pas que cela a été difficile pour moi de rompre avec la nature et la monotonie de la vie que nous avions lorsque j'étais enfant !

Il a fallu aussi que je cesse toute relation avec ma mère. Cela s'est passé le jour de mes 18 ans, et forcément dans la douleur. J'ai fait une fugue. Et me voilà embarquée avec mon prof d'anglais, de 15 ans mon cadet pour les States… Inutile de vous dire qu'une fois là-bas, je l'ai largué, car depuis petite je rêvais de Liberté, de Vie, et tous les moyens étaient bons y arriver. Au début, on devait me prendre pour une demeurée, mais très rapidement, je me suis noyée dans la masse et je suis désormais comme un poisson dans l'eau ! Aujourd'hui je dévore les hamburgers et les frites, me gave de soda, et de glaces ; Oubliés les haricots, tomates et autres plantations sauvages du jardin !

 

J'ai écris plusieurs lettres à ma mère, en vain. Elle s'est sentie trahie.

Abandonnée. Perdue. Et sans doute n'a-t-elle pas compris à quel point j'étouffais dans sa vie de misère. Elle n'est pas la seule, d'ailleurs. En quittant mon pays, j'ai tout perdu, sauf une chose primordiale, la liberté de vivre ma vie. Aujourd'hui j'ai une fille, quinze ans, qui rêve de campagne, de verdure, de tranquillité, et qui prône un certain retour aux sources … Sommes nous destinés à toujours devoir courir après ce que nous n'avons pas ? Mais c'est décidé, l'année prochaine, elle ira voir sa grand-mère. Et adviendra ce qui adviendra…

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