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De mes plus vieux souvenirs, j’ai entendu parler de cette rue. On la surnommait la Rue Maudite. Au tout début, elle s’appelait la Rue du Bois d’antan avant de devenir au fil du temps et officiellement  la Rue Maudite.

Tellement d’événements on été racontés à son sujet ; et j’en ai vu aussi pas mal.

 

C’est une rue qui m’effraie depuis toujours ; il s’y est passé de drôles de choses et cela me terrifie. Cette frayeur n’a jamais disparu.

A chaque fois que je passe à côté, il fait sombre et l’endroit émet un son lugubre. J’y ai vu des choses. J’ai vu une échelle tomber sur un passant ; j’ai vu un passant heurté par une voiture qui s’est écartée pour éviter un chat noir qui traversait la rue ; j’y ai vu des jeunes avec un œil malveillant voler, pousser, allant même jusqu’à meurtrir les passants et d’autres choses parfois que je n’ai pas bien compris encore.

Tout le malheur semble si être agglutiné, comme si un diable malfaisant rodait continuellement dans cette rue.

J’ai entendu d’autres rumeurs encore de bruits dans la nuit : des disparitions de personnes, des meurtres, du vandalisme, des disparition d’objets aussi comme si des petits farfadets s’amusaient malicieusement à prendre, sans que le propriétaire s’en rende compte, des lacets de chaussures par exemple ; on a entendu aussi le crissement d’une griffe sur le pavé, le cri aigu d’une femme, le bruit d’une roue qui tourne, qui tonne, qui se rapproche, et encore d’autres.

Mes parents me disent que je suis trop jeune pour passer dans cette rue et que c’est trop dangereux. Fier et courageux il n’y a pas si longtemps j’ai voulu y passer pour impressionner une belle fille de ma classe. Quelle ne fut ma honte lorsque j’ai du reculer devant l’adversité, cette rue perverse toute noire. Dans la pénombre à côté d’un petit bosquet, j’entendais des respirations, des rires bruyants et vulgaires, du remue-ménage, et des yeux perçants qui m’attendaient. C’en était trop. Je connais cette chose ; c’est une chose malfaisante, une bouche entière qui s’ouvrait devant moi comme si elle pouvait m’avaler et ne recracher que mes os. Quelle horreur !

Je me suis encouru comme un chien la queue entre les pattes.

 

Comme elle fut la source de désillusions et de déceptions, j’ai décidé de l’affronter comme un petit homme courageux de jour en plein soleil.

 

Je l’ai approchée à petits pas ; les oiseaux  chantaient; une légère brise traversait l’air frais ; elle m’apparut toute ensoleillée, toute gaie, toute accueillante, les bras grands ouverts. Toutes les conditions étaient réunies pour que tout se passe bien.

J’ai pénétré dans cette jolie rue que je ne connaissais pas le cœur battant. Je suis arrivé au bosquet qui m’avait tant effrayé, interpelé la dernière fois ; tout est tellement facile de plein jour ; c’est une autre rue, gaie ; quand soudain quelqu’un a couru vers moi, m’a bousculé intentionnellement alors qu’une autre personne la suivait. Voyant ça, les palpitations revenues dans ma tête et mon cœur, d’instinct j’ai couru en arrière pour ressortir de cette rue. Maudite Rue qui s’était fait passer pour ce qu’elle n’était pas.

Mon cœur n’était plus tellement glorieux à ce moment-là. J’étais bien en piteux état ; je me suis fait attaquer et je me suis enfui peureux comme pourchassé par un requin. Finalement de peur je n’ai même pas vu l’origine de l’attaque ; était-elle si dangereuse qu’elle méritait une course éperdue ? Peut-être. Peut-être pas. En tout cas, je ne suis toujours pas prêt d’y retourner, que ce soit de jour ou de nuit.

 

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