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J'ai toujours vécu dans cette rue. Je ne l'ai jamais quittée.

 

Bien sûr je me souviens peu de mes premiers jours, j'étais petit et frêle mais tendrement soigné par mon père. De ce temps ne me reviennent en mémoire que de belles dames en robes longues, des voitures tirés par des chevaux, des cerceaux poussés par des enfants.

 

Puis j'ai grandit et forcit.

 

A ce moment là, j'ai commencé à observer mon entourage.

 

Notre rue était tranquille, seules quelques voitures circulaient.

 

Je croisais souvent des nounous qui promenaient des bébés dans de grands landaus hauts sur roues.

 

Ces petits m'intéressaient tout particulièrement alors au fil du temps je les ai observés.

 

C'était amusant d'assister à leurs premiers pas un peu chancelants, puis de les voir jouer, ou plutôt essayer, de jouer ensemble. Bien souvent il y avait des disputes qui finissaient dans les larmes, puis dans les rires.

 

En grandissant, ils venaient me confier leurs problèmes, leurs joies, leurs peines..

 

Et puis, leurs amours naissantes aussi, parfois leurs familles ne s'entendaient pas et mes petits amis étaient bien tristes, mais à cette époque il fallait obéir aux parents, et la mort dans l'âme ils se séparaient et tentaient de trouver le bonheur autrement. J'étais bien peiné pour eux, mais je ne pouvais rien y faire malheureusement. D'autres au contraire s'unissaient et bientôt ils venaient me présenter leur progéniture, quel plaisir pour moi.

 

Dans ma rue, bien sûr il y avait aussi des personnes peu aimables, des commères embusquées derrière leurs rideaux et qui critiquaient tout un chacun, des hommes brutaux qui maltraitaient leurs épouses et leurs enfants.

 

Souvent, j'accueillais les vieilles personnes qui venaient se reposer près de moi. Elles me racontaient leur vie, comme si je n'en avais pas suivi déjà une bonne partie.

 

Dans ma rue, il circulait maintenant de plus en plus de voitures, ce n'était pas toujours agréable ce bruit..

 

Et puis un jour, ce fut l'horreur. Les habitants de ma rue paraissaient terrifiés, beaucoup pleuraient. Certains des gamins que j'avais connu dans les langes revêtirent d'étranges costumes et partirent. Parfois, les compagnes de certains d'entre eux venaient me voir et sanglotaient près de moi, j'essayais de les consoler, mais ce n'était pas facile. Il n'y avait plus de joie, ni de lumière dans ma rue.

 

Une nuit, il y eu un bruit effrayant dans ma rue, quelque chose explosa et plusieurs maisons s'effondrèrent. Des amis périrent, d'autres furent blessés. Quand tout cela allait-il finir ?

 

Cela vint un jour dans ma rue, d'énormes voitures sans roues passèrent, les habitants de ma rue criaient des hourras, embrassaient les hommes assis sur ces étranges engins.

 

Et petit à petit ma rue pansa ses plaies, certains de mes jeunes amis revinrent, les yeux hantés de choses que je ne verrais jamais. Et comme lorsqu'ils étaient enfants, après une bagarre, ils venaient se réfugier près de moi.

 

La vie dans ma rue devenais de plus en plus trépidante, de plus en plus de voitures, des petites maisons remplacées par des immeubles, des enfants, de plus en plus d'enfants.

 

Je n'aime guère l'hiver je me sens délaissé par mes jeunes amis. Mais dès que le printemps revient, je peux à nouveau m'amuser de leurs jeux. Et en eux je retrouve les enfants que j'ai vu grandir, aimer, partir parfois.

 

Je commence à être vieux, à me sentir vieux. Régulièrement des hommes viennent me voir, m'auscultent.

 

"Croyez-vous qu'il soit encore suffisamment en forme" leur demandent mes amis

 

"Oui, il peut encore vivre de nombreuses années"

 

"Tant mieux, vous savez je l'ai toujours connu, mes parents et mes grands-parents aussi, elle serait triste cette rue sans lui".

 

Et moi, dans le square, je secoue doucement mes feuilles pour leur faire comprendre que leur amitié me réchauffe et que ma rue est sans conteste la plus belle du monde.

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