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Comme tous les matins, Virginie se rend à l’école. Avec un peu de chance, elle prend le bus en même temps que son amie. Aujourd’hui est un jour de chance, Véro est à l’arrêt et lui sourit quand elle la voit.

 

Dix minutes plus tard, elles descendent du véhicule. Du haut de ses quinze ans, Virginie pousse un soupir de soulagement. Elle déteste quand il y a du monde.

 

Si elle n’avait pas déménagé, elle aurait pu continuer d’aller à son école à pieds. Elle aime marcher car elle a tout le temps de regarder et d’écouter tout ce qui se passe autour d’elle sans êtres bousculée à tout instant.

 

8h03, dans quelques minutes, la sonnerie de l’établissement scolaire retentira.  

 

Soudain un bruit de pneus crisse sur la rue. Un rapide coup de klaxon et un choc indescriptible survient.

 

Véronique ne réalise pas tout de suite ce qu’il se passe. Virginie, elle, s’est figée en plein milieu du trottoir dès qu’elle a entendu la voiture freiner sec. Elle ne s’est pas retournée pour voir d’où venait le bruit. Elle n’a pas regardé si un accident allait avoir lieu. Elle savait. Elle pressentait le pire.  

 

En ce début de printemps, le ciel est dégagé. Il est bleu et le soleil est déjà là. Les oiseaux chantent. Tout le monde a l’air d’être joyeux de l’arrivée du beau temps.

 

Mais en une fraction de seconde, la vie s’est arrêtée.

Virginie ne voit plus rien. Tout lui semble sombre. Le bruit du métal qui se plie, le choc d’un corps qui est propulsé en l’air retentit dans ses oreilles comme un écho qui ne meurt jamais.

 

A côté d’elle, les gens se sont arrêtés. D’autres se sont agglutinés comme des abeilles autour d’une ruche remplie. Le tram a stoppé sa machine. La curiosité est née. Le temps s’immobilise. La police arrive rapidement.

 

Des brouhahas parviennent à percer la porte blindée mais invisible que Virginie s’est construite. Petit à petit, elle perçoit la sirène d’une ambulance.

 

Véro, elle, a trouvé d’autres copines de classe. Elle parle, elle explique ce qu’elle a vu et elle avance vers la grille de l’école. Elle semble aimer raconter ce fais divers dont elle a été témoin. Elle ne réalise pas la gravité de la situation.

 

Virginie n’a toujours pas bougé. A un mètre d’elle, repose une moto. L’engin s’est écrasée à ses pieds. Etrangement, aucun morceau de carosserie déchiré n’est venu la heurter. C’est une chance pour elle.

 

Dix, douze ou peut-être quinze mètres plus loin, l’homme en casque est couché en plein milieu de la rue, juste à côté des rails du tram. Il ne semble pas abîmé. Il a fait un sacré vol plané. Il se relève même ! Miracle ! Le policier vient rapidement à sa rencontre. Trop tard ! Le motard s’effondre. Il s’écroule. Il tombe. Il est mort !  

 

Virginie passe sa journée avec cette scène en tête. Elle n’a quasiment rien vu. Elle a tout entendu. Et puis, si, elle a vu l’homme voler. On aurait dit un oiseau.

 

Le soir, après les cours, la vie a recommence. Le ciel est toujours bleu. Le soleil est toujours là. Les enfants sont toujours bruyants et heureux de rentrer à la maison.

 

Sur la rue, des traces de craies sont inscrits dans le bitume. Quelques débris de verres et autres morceaux de métal gisent encore dans la rigole, au bord du trottoir. Uniques témoins de la violence de l’accident du matin. Aucune trace de sang n’est là par contre pour prouver qu’il y a eu un blessé. Une vie est partie aussi rapidement qu’une souris pourchassée par un chat. Et tout le monde l’a déjà oublié…tout le monde, sauf Virginie et la famille du motard.

 

La chance est partie. La rue a tué, encore une fois.

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