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Dans la rue j’ai marché, j’ai cherché, j’ai attendu, J’ai quêté le souffle de l’Esprit...de l'Amour toujours,  j’y croyais !…
 

       Je me voyais déjà mariée …

 

              Dans la rue je t’ai attendu, espéré, souri, accueilli, embrassé.
 

Dans la rue j’ai rayonné, été transfigurée, sous le soleil, ou sous ton grand parapluie !
 

             J’ai réellement adoré marcher à tes côtés sur les pavés !…
 

L’unique espérance de ces déambulations communes suffisait à éclairer chacun de mes matins.

 

 

Puis est venue brusquement la saison sombre et gelée, peuplée d’attente indécise.
 

             Tu n’étais plus si présent aux rendez-vous ;
 

Si absent, ou si fuyant que l’opacité des pavés brusquement m’envahissait !
 

 

Dans la « rue de la Harpe » où tu m’avais enchantée et délivrée de mes démons, je fus brusquement seule à errer, prenant l’air faussement pressé…
 

La « place de la Paix » avait oublié son nom, celle du Tertre était redevenue menaçante comme dans mon enfance,
 

La rue « Baudrière » dite  « beau- derrière » ne menait qu’à un cul de sac infâme, la « promenade du bout du monde » surplombant la rivière n’était pas très loin, (un suicide d’un jeune en témoigna, hélas peu après)...
 

La « place de la Laiterie » où s’arrêtait le bus n’abritait plus aucune embrassade  sous le porche en retrait de l’église de la Trinité si sinistre…
 

             Seule la rue St Jacques fut un jour  source de renaissance et d’espoir.Fort brefs.
 

 

Mais sur la place du Ralliement, centre de la ville, lorsque ta silhouette apparaissait, mon sang se glaçait, mes joues s’empourpraient, mes yeux se masquaient de buée…
 

et ton regard fuyait au loin  vers un lendemain que je ne connaîtrais jamais ; déjà j’en souffrais le martyre, sans même me l’admettre.

 

Aussi  je pris un jour la « rue du champ de Bataille »  jusqu’au bout, elle ne me mena nulle part : j’étais perdue ! (elle abrite maintenant un théâtre !)

 

Mon quartier et ma ville  me rejetaient brusquement, m’éjectaient, m’emplissaient d’un désespoir sans fin et d’une amertume innommable dont je ne savais que faire.

 

              L’avenue du général Patton ne me voulait plus dans ses rangs :
 

              alors j’ai arpenté d’autres boulevards indifférents, trop grands.
 

Je n’étais plus chez moi nulle part !

 

Ton indifférence, ta désaffection muette  avaient rendu ma ville hostile, étrangère, méprisante, et le passage de la rivière n’y pouvait rien.
 

Je n’osais plus jamais entrer au « jardin des plantes » de nos premières étreintes enfiévrées, et je finis par errer au parc du Mail pour m’y droguer de mots abscons, fréquentations pseudo intellectuelles et substances totalement  déplacées,

             Longuement, ….en vain.
 

L’agencement floral trop policé  et le décalage avec nos  enlacements magiques heurtait ma douleur de plein fouet, la ravivait, bien que la fumée eusse tenté de l’anéantir jusqu’à épuisement.

 

Prendre le dernier bus ou marcher encore, redescendre toutes ces rues parfaitement solitaire sans un regard ami à croiser ?
 

Ni la rue St Julien, ni la St Aubin, (malgré son Pub), ni le pont de Verdun  ne me consolèrent jamais !

            J’appris à ne plus marcher  sur leurs pavés.
 

 Me terrer entre quatre murs, ou bien rouler à tombeau ouvert sans plus rien regarder. Moto , puis voiture, tout était bon pour effacer les souvenirs…)

 

Toutes ces rues qui abritèrent nos pas, nos attentes, nos baisers, nos confidences,
 

Toutes ces rues que j’avais tant aimé user de mes sabots bleus bien cirés m’avaient brusquement rejetée.
 

             Je les ai haïes au point de les déserter, de les quitter.
 

            Tout au bout, en haut, à droite : la gare.
 

            L’ultime voyage pour me sauver de ton empreinte qui habitait chacun de ces quartiers !
 

De tout cela, tu n’as jamais rien perçu.
 

Alors que moi je m’en croyais défigurée, tatouée en plein visage !
 

 

Les platanes furent rasés, le paysage urbain « remanié », mais j’étais désormais déjà si  loin, avec mon paquet de chagrin à épuiser !

 

Je suis entrée dans l’anonymat d’autres mégapoles plus inoffensives. Au moins n’y avais-je aucun souvenir, aucune attache.
 

Et je ne vis plus jamais aucune rue avec cette intensité là ; la  magie perdue à jamais ne s’est plus partagée avec quiconque.

 

Alors,

J’ai découvert le creux des chemins de campagne et leur boue,
 

Les haies où m’accroupir, me cacher pour pleurer,
 

Et admirer l’œuvre de la nature secrète sans faux-semblants.

 

Les arbres protecteurs serrés en lignes ou les broussailles insolites,
 

Et j’ai peu à peu détesté la ville en général.. Vil…
 

 

Je vis depuis entre champs et vergers,
 

Rivière et cailloux,
 

Parmi les loirs, ragondins, renards, couleuvres, buses, hiboux, taupes, crapauds, hérissons et insectes étonnants,
 

Chats et chiens plus ou moins fidèles ou vagabonds,
 

Et cela me va bien…
 

 

J’ai retrouvé un espace intérieur et mon regard se perd au loin dans les couchers de soleil  incertains ou apaisés.
 

J’ignore désormais le nom des rues que je dois parfois fréquenter ;

mes rêves sont ailleurs, perdus, effacés, oubliés, je ne saurais vous dire…
 

-       Peut-être juste incrustés, gravés  dans tous ces pavés désormais recouverts de macadam  à tout jamais ?)

 


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