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1) " Le passé, ton corps il a broyé.
2)   Le futur, c'est ton esprit qu'il promet d'isoler!
3)   Le présent, appelle ton coeur pour le réparer--- "

I. Lundi.

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Ce matin Clarisse s'est levée de très bonne heure.

C'est décidé, elle s'en va!

Le temps de ranger chaque chose à sa place dans son douillet logis. De faire sa valise, de---ne pas regretter.

Non!

Elle ne se retournera pas sur ce lieux idyllique aux couleurs joie, au parfum enivrant bonheur, aux musiques amitiés.

 " Un endroit merveilleux, unique, éternel! "

Ce jour est crucial et restera mémorable. Après trente ans d'absence, Clarisse rentre " chez elle."

 

II. Mardi.

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Depuis la veille, la jeune femme a roulé huit cents kilomètres, plusieurs arrêts pour remettre de l'essence, grignoter quelques gâteaux sucrés accompagné de thés chauds.

Courbaturée, elle se convainc de passer la nuit dans cette hôtel de bord de route, sombre, froid, vide, déprimant.

Est-ce, ce retour aux sources familiales qui remplit de tristesse ses beaux yeux noirs? Pourquoi cet accablement alors que l'amour des siens l'a toujours soutenu, défendu, protégé?

Des sensations de souvenirs mouillent son regard, sa gorge se serre.

Elle se laisse mollement tomber sur le lit et s'endort immédiatement, tout habillée.

 

III. Mercredi.

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Levée à l'aurore, léger petit déjeuner et le serpentin de la route défile à nouveau les derniers cinq cents kilomètres. Toutes ces bornes la rapproche inexorablement de " chez elle," de sa vie---laissé en suspens.

Depuis son départ le temps était clément. Ce matin de gros nuages assombrissent le ciel. Les averses se succèdent saccadées de légères éclaircies.

Dans la voiture, le piano mélodieux de Saint Preux, talentueux compositeur, adoucit ce temps exécrable.

Le concert terminé, d'une main aveugle Clarisse fouille dans le coffret à cd.
 

Un instant, une seconde, une fraction de seconde son regard quitte la route.

Une porche noire vient précisément de se placer derrière sa petite clio rouge et brusquement s'engage pour la doubler.

La pluie tombe en grêles bruyantes. Les essuie-glaces s'activent vivement.

En face, les appels de phares d'un camping-car.

Un bruit fracassant!

Une fraction de seconde---

Puis des étincelles, de la fumée, le silence.

La porche littéralement retournée les quatre roues en l'air, au milieu de la route. Le camping-car couché de côté a glissé dans le fossé. La clio stationnée sur le bas côté, indemne.

 
Combien de temps s'écoule dans ce calme---morbide?
 

Au loin, retentissent les sirènes des ambulances escortées par des motos de la gendarmeries.
 

Clarisse regarde hébétée ce spectacle effarent. Elle n'entend pas, ne voit pas le gendarme qui donne de petits coups à sa vitre en l'interpellant.

Appelé par un collègue il s'éloigne en courant.

Les ambulanciers sortent des corps inanimés du camping-car.

Émergeant de sa stupeur, Clarisse affolée, tape contre le pare-brise de sa voiture.
 

- " L'enfant! Sauvez l'enfant! "
 

Des automobilistes s'arrêtent mais sont vite réprimandés et détournés de l'accident par les gendarmes en motos.

Les secours s'agitent en tout sens!

Des gémissements, des recommandations, des clameurs.

Parmi ce brouhaha, la voiture de sport où s'échappe--- des cris d'enfant!

Résonne la sirène des pompiers enfin sur place. Des hommes casqués sautent prestement du véhicule et s'affairent à extraire la pompe à eau.

Mais ---la porche explose en gerbe de feu.

Le visage de Clarisse torturé d'angoisse. Les yeux rougis, les joues inondées de larmes, la vue trouble. Le ralenti s'infiltre dans son esprit, le flou l'emporte, elle s'évanouit sur son volant.

 

IV. Jeudi.

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Lorsque la jeune femme ouvre les yeux il fait nuit noire, deux heures s'affiche sur le tableau de bord.

La clio est toujours garée sur le bas côté de la route.

Clarisse grelotte, elle pose les doigts sur ses yeux, frotte légèrement. Sans relever les paupières, elle actionne la poignée sur le côté du siège pour allonger le dossier. Elle se recroqueville tirant le plaid sur elle et doucement, pleure---

Des fragments de souvenirs l'assaillent.

- " Maman! Maman! Attend moi, je t'accompagne! Regarde, je suis grand!

Il se raidit, se grandit sur la pointe des pieds en levant les bras en l'air bien droit.

- Oui chaton, comme tu es grand! "

Thomas n'a que cinq ans, mais tellement pressé de grandir pour mieux protéger sa maman adorée, riante, trop belle! comme il dit souvent.

Dans ses grands yeux noirs brille un amour gros, gros, plus grand que celui de papa!

C'est ce jour là qu'ils sont partis en voiture rejoindre papa. Mais la  voiture était bleue et--- C'est confus dans l'esprit de Clarisse.

Thomas installé à l'arrière---

Elle force sa mémoire.

Ha oui! c'était le jour de l'anniversaire de sa mère. Une fête magnifique et joyeuse, pleine de cadeaux.

Un temps splendide.

Elle se souvient de cette table spécialement garnit des sucreries fines tant apprécié de son père.

Et du champagne, tellement de champagne!
 

Elle devait aller chercher Jean, son mari, à la sortie du bureau.

Bien sur elle avait bu, trop bu sans doute, mais le bureau de Jean était dans le village d'à côté, à dix minutes de la maison familiale.

Clarisse se revoit démarrer la voiture bleue, sortir de la propriété de ses parents et---plus rien, le vide complet.

 

V. Vendredi.

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Le soleil enfin décidé à paraître réfléchit ses chauds rayons sur le pare-brise de la clio.

La voiture traverse enfin le petit village de sa tendre enfance.

Tourner à droite dans la ruelle, puis longer le parc des rendez-vous amoureux de son adolescence.

Contourner l'ancienne fontaine où avec ses amies de collège, elles pataugeaient de plaisir par les chaudes journées de canicule.

Passer devant la mairie qui conserve précieusement sa déclaration de

mariage: pour le meilleur comme pour le pire.

Et là, au bout de la rue des marronniers, le portail grand ouvert de la demeure de ses parents, un peu chez elle.

Elle gare la clio sur le parking de graviers.

Le gazouillis des oiseaux, le coucher du soleil au dessus du jardin, une brise légère parfumée de lavande.

Elle pousse la porte restée entrouverte.
 

- " Maman! Papa! "

Dans le silence une haute horloge ancestrale tic-tac tranquillement.

Elle ne reconnaît pas l'intérieur, la décoration à entièrement changée. Et qui sont tout ces inconnus dans les cadres accrochés aux murs, ou posés sur les meubles bas?

Oppressée elle ressort précipitamment, respire profondément.

Alors qu'elle se dirige vers le portail pour vérifier le nom sur la boite aux lettres, elle entend deux femmes discuter, arrêtées devant la maison.

Discrètement, Clarisse recule et se cache derrière la porte en bois.

- " Ha! la maison est enfin vendu, il n'y a plus la pancarte.
 

- Quel genre de gens peut habiter une maison avec un passé aussi lourd?
 

- J'ai bien connu les parents de la petite Clarisse. Des personnes vraiment gentilles et très correctes!

- Ha oui! cette jeunette de vingt cinq ans mariée à l'architecte, Jacques.

- Non, Jean! Je me souviens bien de lui, il venait chercher son pain tout les midis dans ma boulangerie. Un bel homme aux cheveux de jais et aux yeux clairs, bien séduisant.
 

- Il formait un beau couple avec la jeune Clarisse et ils ont eu un petit garçon, Thomas.
 

- Pauvre bambin. Mon voisin à tout vu du tragique accident, il était aussi sur la route ce même jour. Il m'a raconté avoir entendu les cris d'enfant dans la voiture en feu, juste avant l'explosion.

Mon Dieu, je tremble rien que d'en parler.
 

- Dans le village, on dit que c'est sa mère qui était au volant.
 

- Mais non! Je sais moi, je livrais le gâteau d'anniversaire. Juste au moment où j'entrais sous le porche, Clarisse descendait du véhicule pour se glisser à l'arrière à côté du petit. Elle m'a gentiment salué.

C'est l'oncle Max qui conduisait, il ne cessait de répéter que la jeune femme avait trop bu. Mais lui aussi semblait bien éméché!
 

- Quel malheur!
 

- Toute une famille arrachée à la vie. Parce que c'est pas tout. La mère de Clarisse, cinquante ans, n'a pas supporté de perdre sa seule fille et son unique petit fils, en plus le jour de son anniversaire.

Deux mois après l'enterrement, elle s'est suicidée.

- C'est horrible! Et son mari?

- Il ne lui a pas survécu longtemps. Il a sombré dans une sévère dépression. Il se nourrissait plus, il sortait plus de chez lui. Il se laissait mourir.

- Pauvre homme---mais qui pourrait survivre à un tel drame? "
 

Les deux femmes s'éloignent tout en continuant de bavarder.

Sur la boite aux lettres : Monsieur Jean B.

 

VI. Samedi.

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Clarisse comprend que le repos de la nuit, les jours de la semaine n'ont aucun sens. Que même manger très peu n'est pas vital puisqu'elle est---morte dans l'accident.

1) " C'est donc ce passé affligeant qui broyait son corps, de remords."

Inutile culpabilité, car ce jour là elle ne conduisait pas et donc elle n'a pas tué son fils.

Elle se souvient du baiser sur la joue de sa mère la quittant hâtivement pour s'élancer sur la route.

Elle était assise sur la banquette arrière tenant la main de Thomas entre les siennes.

Max conduisait un peu trop vite, elle le suppliait de ralentir.
 

Brusquement, un chevreuil sortant du sous bois s'élança--- Surpris, grisé d'alcool et voulant éviter l'animal Max avait foncé dans les arbres.

Le silence, la fumée, Clarisse à demi assommée essayant d'ouvrir ces fichus portières bloquées électroniquement.

Thomas abasourdit.

Le silence, les étincelles, Clarisse tapant dans les carreaux tirant Max le visage ensanglanté--- mort.

Elle ne pouvait pas passer à l'avant, car horrifié l'enfant l'agrippait solidement. A force de tendre le corps, le bras, la main, les doigts, du bout des doigts elle sentit le bouton de déblocage des portières du tableau de bord.

Le silence---l'explosion, le fracas des tôles, les flammes.

 

VII. Dimanche.

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Brûlée vive avec son petit garçon, c'est un supplice incommensurablement insupportable! Ce cataclysme ravagea son esprit, Clarisse perdit la mémoire, elle se refusa même sa mort.

2) " La douleur intolérable avait isolé son esprit dans un futur d'oubli! "

Elle s'était imaginée un lieux féerique, rassurant, dans l'éternité pour y vivre normalement, presque humainement.
 

3) " Mais toujours ce même rêve obsédant comme un appel du présent.

Partir pour réparer son coeur, retrouver cet ailleurs réel, douloureux, chez elle! "

 

Au milieu de nul part---
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Un murmure,

- " Maman---maman---"

Toute cette lumière scintillante, chaleureuse.

Sa mère, son père, souriant de tendresse. Et Thomas s'élançant vers elle et elle vers lui.

Clarisse s'agenouille pour recevoir en plein coeur l'envolé d'amour de son fils. Ses petits bras autour de son cou, son odeur dans ses cheveux.

Clarisse se relève en le gardant accroché contre elle. Elle rejoint ses parents et tout les quatre entrent, enfin, dans la lumière.

" Un endroit merveilleux, unique, éternel! "          

Le repos--après la mort physique.
 

Il m'est doux et juste de penser que même morte," une dernière chance"

nous sois offerte de libérer entièrement notre âme des tourments d'ici bas.

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