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Bonjour chers auditeurs, c'est moi, Emile Leduc, présentateur de votre émission, "les mondes invisibles"! Nous ne reculons devant rien pour vous satisfaire, vous intéresser, vous faire découvrir les mondes secrets dont vous ignorez l'existence, au sein même de la jungle que vous parcourez chaque semaine.

Ouvrez vos volets et vos oreilles: voilà le premier épisode des aventures que nos micros ont captés pour vous, dans un super-marché dont je tairai le nom.

 

LE REVEIL DES CADDIES

 

Le matin vers 8 heures sur un parking du centre commercial. La ronde des voitures s'intensifie dans le quartier.

 

- Debout les gars! Debout, c'est l'heure! réveillez-vous!

- Arrête Robert, c'est idiot, ton "debout", toujours ta manière de vouloir singer les humains! Caddie on est, caddie, on restera pour la vie, jusqu'à finir entre les mains d'un clochard, comme voiture du pauvre. Ni couché, ni debout, mais bien posé sur nos 4 roues.

- Calme-toi, Michel, ce n'est qu'une façon de parler!. Allez, petite gymnastique matinale pour être en forme pour la journée. On dérouille ses roues, en avant, en arrière, on y croit, en cadence, une, deux, une deux!

- Aïe, aïe!

- Pardon Francis, c'est vrai, peuchère que tu as toujours la roue arrière gauche bloquée! Ça ne va pas mieux?

- Tu veux rire, c'est pire, j'ai peur de la réforme à la prochaine inspection.. Direction le recyclage. Que deviendrais-je dans une autre vie sans vous! C'est vrai, on s'attache... On est vraiment peu de chose!

- Moi, c'est la pièce qui me fait un mal de chien, à chaque fois qu'un client la glisse et la chaine qui me lie au copain de derrière qui ne veut pas se défaire!

Ça doit être tout rouillé la-dedans. Alors ils s'escriment, ils cognent, mais bernique! Pour moi aussi c'est la casse, car de nos jours, ils préfèrent jeter que réparer! Pourtant du temps de mon grand-père, une simple goutte d'huile...

- Arrête de nous ressasser tes souvenirs Henri, et c'était mieux avant, et patin couffin, on n'en a rien à cirer! Mais sapristi, c'est moi qui suis enchaîné à toi, autant dire que je n'irai pas bosser aujourd'hui! Pourvu qu'ils ne le prennent pas sur mes RTT!

- Tiens, voilà le premier client, il a l'air plutôt ronchon, et comme il se doit, c'est moi qui vais essuyer les plâtres! Ça va être plutôt sportif, pour le calmer le Monsieur! Allez, salut les copains, bonne journée et carpe diem...

 

LE SAFARI DU CLIENT

 

Bibiche a dit que c'était mon tour de faire les courses! C'est sûrement vrai, mais ça m'a mis en rogne car je n'ai pas encore écrit mon texte pour l'atelier d'écriture de cet après-midi! Sadique, elle a refusé de me remplacer, en disant que j'aurais dû prévoir.

Ça va être vite fait, moi je vous le dis! Heureusement qu'il ne manque pas de place de parking à cette heure matinale! Tiens, on vient juste de relever le rideau de fer de la pharmacie.

Allez, fissa, prendre un caddie, celui-ci n'a pas l'air trop antique, et en avant pour le gymkana! Toujours plus grands leurs engins, c'est subliminal, si on ne les remplit pas, on a l'impression de ne pas avoir fini ses courses! Par tous les moyens, ils essaient d'attraper le gogo!

Bon, il coopère et roule à peu près bien, j'ai de la chance!

Ne pas s'arrêter, aux livres, ni aux disques! Sens interdit vers la vidéo et le multimédia!

Pas de fringues, ah si des chaussettes, celles-ci sont tellement trouées que j'ai des courants d'air dans les orteils! et les autres ne valent guère mieux! C'est là-bas. Vite un virage sur l'aile et m'y voilà! Lesquelles prendre maintenant? Ne pas faire le difficile, 43 bleu marine ou noir. 5 paires? Que va dire Bibiche? Tant pis, elle dira ce qu'elle voudra, je serai tranquille pour un bon bout de temps!

Fruits et légumes, maintenant, bios, de préférence! Mince, ce que c'est cher, ce n'est plus une augmentation des prix, c'est l'Everest qu'ils grimpent! Et ceux qui ne peuvent pas payer, que mangent-il? du canigou? Ça existe, des vieux, je l'ai vu à la télé...

Dans un pays riche comme ça, ce n'est pas possible, un jour, ça va péter, et en beauté... Il sera bien temps de crier, y-avait qu'à, fallait qu'on!

Rapido, produits laitiers, bios et allégés pour Madame, on bouffe trop!

Faut maigrir! Un peu immoral devant les affamés, mais l'obésité, c'est ce qui nous guette, un comble, pour nos anciens qui ont connu la guerre!

Reste le vin, important le vin, et du bon tant qu'à faire, pas forcément très cher, l'autre jour, j'ai trouvé un Cahors... Hummm.... Mais bien sûr, ils ne suivent pas les marques... Ça serait trop simple!...

Que reste-il maintenant? La liste, Zut j'ai perdu la liste qu'elle avait établie avec tant de soin... Ceci et pas cela, cette marque et pas celle-là, surtout pas!

Pas de panique! je prends ce dont je me rappelle, et basta si j'en oublie, elle n'aura qu'à y retourner dans la semaine.

Restent les surgelés, Ok... pizza, poisson à la bordelaise, sorbet au cassis... Mille sabords, j'ai oublié le sac! Tant pis, j'en achète un!

Plus que les produits d'entretien, je prends un assortiment, pour être sûr de ne rien oublier, parce que là, ça barderait! Je l'entends déjà Bibiche: non seulement je fais le ménage, mais tu n'es pas capable de me rapporter ce dont j'ai besoin pour travailler... Un comble!

Mais qu'est-ce qu'elle fait, celle-là à stationner devant la lessive! Circule, bouge tes varices!... Des gamins font dégringoler des montagnes de rouleaux de PQ, qui s'écroulent en désordre dans l'allée... Mais que font les parents? Ah, voilà la mère, une blondasse mièvre trainant un bambin qui vacille en hurlant pour avoir une boîte de pâte à modeler! Insoutenables, ces cris sur fond de pubs tonitruantes qui vous vrillent les rympans. Et cet énergumène qui slalome entre les caddies! Regarde un peu où tu vas, chauffard, c'est pas un circuit de cross, ici, tu ferais moins le fier sur un tatami face à moi, ceinture noire de karaté!... J'en rajoute un peu, mais ça défoule! Et puis tout ça c'est dans ma tête, je reste très urbain. J'ai dû faire un écart pout éviter une collision, et même pas un mot d'excuse...

Ouf j'ai fini... En route vers la caisse... Là, bien sûr le cauchemar prévisible, 10 personnes devant moi! Ils ne pourraient pas ouvrir plus de caisses, non? Et ils disent que le client est roi, c'est le fric qui est roi, comme si je ne le savais pas!.. Je me suis laissé piéger, le caddie est presque plein. Passez la monnaie! Il parait que bientôt, il n'y aura plus de caissières. Encore du chômage en perspectives!

Misère, j'ai oublié le persil de Bibiche! Pas question que j'y retourne pour perdre ma place. A la trappe, le persil et je dirai qu'il n'y en avait plus...

 

LA COMPLAINTE DE LA CAISSE

 

Pour vous, je suis une caisse enregistreuse anonyme, mais mon nom est "Gisèle"... oui, comme le ballet. J'ai des chiffres, mais j'ai aussi des lettres, je suis une esthète, faut pas croire! Mon humaine est rivée à moi, comme le bagnard à sa chaîne, jusqu' à la fin de son service; et après c'est le tour d'une autre, je les connais toutes... Parfois, pour rompre l'habitude, des petites nouvelles apeurées viennent s'assoir devant moi, sous l'oeil menaçant d'un cerbère à lunettes. Elles se succèdent de plus en plus vite, les petites. J'essaie de leur faciliter le travail, à peine ont-elles effleuré mon clavier, que je leur crache les prix... J'ai aussi un coeur, vous savez!

La journée va être dure pour la donzelle et pour moi!... Des milliers d'articles de tous acabits, des montagnes de victuailles, qu'on va voir défiler sur le tapis roulant! Et dès que la barre en plastique signalant la fin des achats apparait, au suivant... au suivant!

Toujours un sourire plaqué sur le visage, quelques mots d'accueil ou d'au revoir d'une voix douce, malgré la fatigue et les clients revêches... je l'admire.

Ces doigts agiles qui me caressent me font crépiter de plaisir.

Mais, à la mi-journée, je m'épuise, plus de papier, ou de cartouche d'encre!

Il faut m'opérer les entrailles à l'air! Heureusement qu'elle est habile, la petite, je ne souffre pas trop!

L'odeur du papier neuf m'écoeure, mais il faut continuer, parfois jusqu'à épuisement. Tiens, pas plus tard qu'hier, ma copine Suzanne est tombée en panne.

C'est l'ordinateur, le coeur, qui a lâché avec ces cadences infernales!

Parfois il se murmure même que nous devrons nous passer de la présence amicale de nos demoiselles! Tout faire nous-mêmes, c'est ça l'avenir, parait-il?

Et les pauvres petites, que vont-elles devenir?

Excusez-moi, mais j'en ai ras les touches! Vivement ce soir qu'on fasse un karaoké, ou une partie de chiffres et de lettres avec les copines.

Et après, chacune sous sa housse et dodo jusqu'à demain!

 

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