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Depuis de nombreuses années, je m'étais lancée dans la pathétique recherche de mes géniteurs. Sans aucun résultat. Le seul papier officiel que j'avais pu obtenir après bien des vicissitudes était celui de ma naissance : Claire P..., née le 30 juillet 1953, suivie de la mention : née sous X. Pas d'autre précision. J'avais frappé à toutes les portes. En vain. En France, on ne vous permet pas d'obtenir le moindre renseignement sur vos origines . Aucun moyen de savoir qui vous êtes, aucun moyen de vous construire, aucun moyen d'exister seulement. Vous êtes pour tous et à vie un sans-papier, un sans-nom, un anonyme qui traînera ses doutes et ses questionnements jusqu'à sa mort. Qui sera une proie facile offerte à  cette administration vorace , toujours  en quête des moindres renseignements sur votre personne et qui, en ce qui vous concerne, se heurtera et justement par son refus de vous les avoir donné un jour, ces renseignements, à un mur. Car tel est l'incroyable paradoxe.

 

Ah ! savoir, savoir seulement comment était ma mère, avoir une seule photo de son visage, connaître la couleur de ses yeux, l'intensité de son regard, l'éclat de son sourire, était-elle élancée ou petite comme moi, rieuse et joueuse ou sévère, avait-elle un esprit charismatique, était-elle accueillante et entourée d'amis à qui elle aurait volontiers ouvert sa porte et offert son hospitalité, puis bavardé joyeusement avec eux autour d'une tasse de thé ou traînait-elle sa solitude comme un fardeau, avait-elle été elle même abandonnée par un amant de passage qui lui avait fait un enfant par erreur et aurait aussitôt disparu ?

 

Et mon père ? Combien de fois me suis-je interrogée sur lui et posé mille questions ? Etait-il seulement encore en vie aujourd'hui ? Je le voyais tantôt barraqué, costaud, démonstratif et prolixe,  une espèce de bonimenteur de foire ou de dresseur de cirque, un célèbre dompteur d'éléphants, ou un valeureux montreur d'ours. Parfois aussi, je le rêvais en aventurier bravant seul toutes une horde de loups ou de félins carnassiers qu'il tuait un à un, un vrai carnage... A d'autres moments, c'était un quidam tout à fait ordinaire, sans grande envergure, mais très tendre et très paternel. Il entrait dans la pièce, me donnait un petit baiser furtif et repartait comme il était venu, sur la pointe des pieds. Le lendemain, au réveil, j'avais oublié son visage.

 

Quelle est donc cette loi injuste et frustrante qui prive à tout jamais un enfant, puis un adulte à ignorer jusqu'à sa mort ses origines ? Il est temps que le gouvernement se réveille et permette enfin de donner à ces enfants une nouvelle chance, celle de retrouver l'un ou l'autre de ses parents dans le meilleur des cas, et dans tous les autres de lever un peu le voile sur les mystères qui entourent sa naissance qui, comme toutes les naissances,   est pourtant le fruit de deux personnes ayant un NOM, et une IDENTITE, et qui se sont aimées, au moins le temps d'une rencontre.

 

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