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  Le souffle au cœur de Mathieu, au départ, ce n’était rien de bien méchant. Mais sa mère ne pouvait s’empêcher de penser que cette faiblesse était apparue à l’époque où on lui avait découvert ce don étrange.

 

Agé de trois ou quatre ans, l’enfant, ce matin là, n’avait pu se résoudre à la mort d’un petit oiseau tombé du nid, venant à peine de succomber aux attaques répétées du chat de la maison. Il avait alors approché ses petites mains tremblantes de chagrin du corps sans vie de la petite bête encore dépourvue de plumes, et l’avait délicatement réchauffée contre sa joue. Etait-ce cette larme versée sur l’oiseau qui l’avait réveillé, abreuvé ? Toujours est-il que le petit cœur s’était remis à battre, tandis qu’un gosier immense hurlait sa faim de toutes ses forces !

    

Malgré l’inquiétude de sa mère, aucun médecin n’avait consenti à admettre que l’apparition du souffle au cœur de Mathieu puisse avoir un lien quelconque avec cette guérison « miraculeuse ». Pourtant, force était de constater que sa santé ne cessait de se dégrader au fur et à mesure que sa réputation d’enfant guérisseur s’étendait dans toute la région.

 

- «Ne t’occupe plus des autres !» lui criait parfois sa mère, au comble du désespoir.

 

Mais elle savait bien que c’était impossible. Pour Mathieu, cesser de soulager la souffrance d’autrui aurait été pire que la mort. Comme l’acte de respirer, cet acte était vital pour lui. Là résidait tout son bonheur.

 

Un soir, à l’aube de ses dix ans, mettant la main sur son propre cœur, celui-ci n’étant plus qu’un souffle palpitant, quasi imperceptible, il comprit qu’il allait mourir. Sachant depuis toujours que son pouvoir ne pouvait rien pour lui-même, les larmes qu’il pleura cette nuit là eurent un goût bien amer : celui de d’absolu désespoir. Car il réalisa soudain qu’il ne pourrait rien pour la personne qu’il aimait le plus au monde et qui avait le plus besoin de lui : celle qui lui avait donné la vie. Lui, " l’enfant du Pouvoir", comme certains anciens l’appelaient encore, était maintenant totalement impuissant.

 

Quittant doucement sa chambre au petit matin, il alla respirer une dernière fois l’odeur de sa mère, sans pouvoir retenir une larme qui s’évanouit sur l’oreiller.

 

A cet instant, le premier oiseau de l’aube se mit à chanter.

 

Il repensa avec tendresse à l’oisillon de ses quatre ans, réalisant que ce chant matinal serait désormais pour sa mère une consolation et une espérance quotidiennes. Puis, dans une gratitude extrême, il vit défiler lentement dans son cœur les visages radieux des personnes qu’il avait aidées pendant sa courte vie. Leurs sourires attendris semblaient lui dire : « Tu peux t’en aller en paix, nous prendrons soin de ta mère. ».

 

Soulagé, remerciant la vie qui lui apportait une joie si profonde en son dernier jour, il s’abandonna sans résistance à l’immense chant d’amour qui, à travers l’oiseau de l’aube, prenait peu à peu possession de tout son être.

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