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   - " Viens te réchauffer à notre feu! Il va faire froid toute la nuit!"

Crie une femme emmitouflée des pieds à la tête.

 

  Les tsiganes ont rassemblé leurs caravanes dans le pré, pas très loin de la grande ville.

  Une trentaine de personnes, des familles avec leurs enfants sont assis sur des couvertures autour d'un grand feu de bois. L'éclatante flambée vivifie la petite assemblée, qui entonne un chant dans une langue étrangère qu’Isabelle ne comprend pas.

 

  Transit de froid, elle grelotte dans son pull-over et jean. Elle s'assied entre un couple de personnes âgées au sourire édenté et des enfants riants joyeusement.

 

  Un homme robuste à l'air revêche s'approche d'elle et lui tend un manteau noir, tout en ordonnant,

- " Prends! tu en as plus besoin que moi! "

 

  Elle se lève, remercie d'un signe de tête timide, tremblante sur se jambes. Elle enfile le vêtement trop large et tombant jusqu'à ses chevilles.

 

  Une moitié de la nuit passe dans la fumée, la nourriture généreusement offerte, les discussions incompréhensibles, les éclats de rire, son silence, les---

 

  Isabelle s'est allongée et s'est endormie, épuisée mais confiante.

 

Elle avait presque perdu le goût de la bonté des autres. A force de côtoyer les gens de la ville, indifférents à sa détresse ou lui portant des jugements inconsidérés.

 

- " quelle honte! Une femme dans la rue, si sale!

 

- Au lieu de tendre la main, elle ferait mieux d'aller travailler!

 

- Certainement une droguée!

 

- Ou une alcoolique! "

 

  Des regards méprisants, curieux, de pitié.

Une fois, une seule fois, une femme s'était accroupie devant elle pour lui offrir un croissant tout chaud. Chaud du partage, d'un sourire, et peut-être d'une même douleur caché au fond de ses beaux yeux noir.

  La différence était sans doute le courage, l'énergie, l'espoir auquel Isabelle avait renoncé.

 

 

  En perdant son emplois, les services sociaux aidé de la justice lui avaient enlevé, des la naissance, Thomas et Emilie deux adorables bébés en parfaite santé, près à l'adoption.

 

  Sa famille beaucoup trop snob lui avait définitivement fermé la porte. Une fille suicidaire, ça fait mauvais genre dans les soirées mondaines.

 

  Ses quelques amies ne réussirent pas à la sortir du mutisme dans lequel elle s'isolait jour après jour. Et lorsqu'elle se retrouva dans la rue, assise sur le trottoir, appuyée lamentablement contre un mur, la tête basse, ses amies disparurent.

 

  Les orages ne l'avaient pas épargné. Ils s'abattaient furieusement sur son pauvre corps fragilisé par la faim. Le vent glacial pénétrait  ses entrailles. La pluie trempait ses cheveux, ses vêtements, emportant les larmes dans les profondeurs de son coeur délavé des couleurs de la vie.

 

 

  Le jour se lève à peine dans le pré, aux environs de la grande ville. Toutes les caravanes se suivent en file indienne. Les tsiganes sont sur le point de partir.

 

  - " Et elle!

 

  - Il n'y a plus rien à faire. Il faut la laisser reposer en paix. "

 

Dans le prés, sur une couverture, Isabelle dort tranquillement. Son fin visage si blanc semble enfin détendu et comme offert au ciel immense, une nouvelle terre d'accueil, pour son âme si pure---

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