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" Maman, t'es sûre qu'on doit partir?! "

 

  Questionne Pierre, affairé dans sa chambre. Sa mère lui a donné le sac à dos rouge, celui du "grand voyage", en lui recommandant de ne prendre que les choses qui lui sont vraiment indispensables, les plus précieuses!

 

  Des jouets pêle-mêle trônent sur le tapis, un petit mont de livres sur le lit et dans le coffre bleu grand ouvert un débordement de peluches. Pierre s'assied par terre contre son gros ours brun haut d'un mètre. Il se niche entre les larges pattes de l'animal, lasse peut être un peu triste.

 

- " Pierre! "

 

  Johanna apparait dans l'embrasure de la porte. C'est une jeune femme de trente ans, aux cheveux mi long châtain clair légèrement frisé. Son regard balaye la pièce et s'arrête sur l'enfant qui maintenant se berce doucement.

 

  Elle s'accroupit devant son fils. La moue soucieuse du petit l'attendrit. Elle se glisse près de lui et délicatement lui prend sa main entre les siennes.

 

- " Mon Pierrot, on n'a déjà parlé de ce voyage, tu semblais d'accord pour l'aventure.

 

- Oui---mais là, tout de suite---

 

- On peut plus attendre, c'est la fuite! Il faut se protéger mon poussin, " on doit " partir!

 

- Oui, mais Kamie, elle vient pas avec nous?---

 

- Je t'ai expliqué, mamie reste pour prendre soin des chiens, du chat, de la lapine et de Némo ton petit poisson."

 

  Depuis un mois, la vie tranquille et joyeuse de Pierre est bouleversée. Depuis que la justice exige des entrevues avec le papa, dans un lieu surveillé, trois heures deux fois par mois.

 

  Au médecin trop pressé, aux psychologues l'un accusateur l'autre impuissante, à la maitresse d'école indifférente, à l'assistante sociale du tribunal blasée, à l'avocate compatissante, au juge sourd!!!

   Du haut de ses cinq ans d'énergie il a expliqué, crié, pleuré, que lui Pierre, il refusait de continuer de rencontrer ce méchant monsieur, qui grossièrement parlait en mal de maman, de sa douce belle et adorée maman.

 

  Et comme nul ne semblait entendre sa détresse son petit cœur explosa en une crise d'épilepsie.

 

  Alors l'ambulance du SAMU rompant le silence de la nuit, emporta la maman désemparée et l'enfant à demi inconscient vers l'hôpital le plus proche. Suivit de la vieille voiture de mamie filant sous les grondements furieux de l'orage torrentiel.

 

  Sans suivis plusieurs examens médicaux qui démontraient que Pierre était en parfaite santé, que ce n'était pas non plus héréditaire, mais que cette crise était bien due à un choc émotionnel.

 

  Seule, Johanna, le visage creux et cerné par l'inquiétude et les larmes avait compris l'urgence dans le regard perdu de son fils.

 

  Leurs deux cœurs battaient à l'unisson.

 

Elle savait pertinemment qu'elle ne laisserait " jamais " son enfant, la chair de sa chair, entre les mains de ce géniteur buveur de bières et accro aux joints. Comment avait-elle pu se laisser séduire par ce méprisable individu? Comment aurait-elle pu imaginer ses colères, sa brutalité et qu'il mettrait même la vie du nourrisson en péril?

 

  Elle avait longuement réfléchi et même si son avocate l'encourageait à la patience certifiant la réussite de la procédure, elle ne croyait plus en la justice!

 

  De douloureux souvenirs mouillaient ses yeux, non! il ne fallait surtout pas pleurer, pas devant Pierrot!

 

  L'enfant choisi d'emporter ses quatre doudous et son album de photos. Johanna ne prit rien, que la main de son fils dans la sienne.

 

   Un dernier regard autour d'elle pour mieux fixer sa mémoire. Une profonde inspiration comme pour humer ce lieu familier plein des parfums de tendresse.

 

  Puis elle installa son fils à l'arrière de la voiture, s'assît au volant et démarra.

 

  Au bout d'une demi-heure, elle se gara en bordure d'un champ de luzerne en fleurs. Descendit du véhicule prenant son fils dans ses bras, après lui avoir ajusté sur le dos son petit sac rouge dont l'album dépassait un peu.

 

  Elle entra dans le champ verdoyant d'un pas décidé. Un vent léger envola sa fine chevelure. Pierre tenait sa maman par les épaules, la tête enfouit dans le cou maternel.

 

  Un flamboyant coucher de soleil se dessinait à l'horizon dans la tiédeur de ce début de printemps.

 

  Depuis toujours la religion chinoise assure qu'il existe : " Un monde subtil intermédiaire entre le ciel et la terre. Et la mythologie indou, nomme le grand purificateur " Vâyu " souffle vital, souffle cosmique.

 

- " Maman---on arrive---bientôt? le petit s'endormait.

 

- Oui mon amour, on est arrivé--- "

 

  Soudain, jaillit une éclatante lumière blanche formant une ouverture " entre ciel et terre ". L'instant magique du " milieu " de la clarté, du parfum, de la couleur, des vibrations interplanétaires, de " l'envol! "

 

  Johanna sourit, sereine, et pénétra dans la lumière enlaçant tendrement son fils assoupit contre elle, tout contre son cœur.

 

  Un peu plus loin, une rivière coulait à flot avec un bruit de clapotis---sanglotant.     

 

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