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  " C'est l'histoire d'un papillon noir qui versait des larmes en couleur.

   Sa tristesse s'envolait comme des confettis de son si petit coeur. "

Je lis et relis ces phrases de ton journal intime jusqu'à se que ma vue se trouble. Comment sortir de cette souffrance qui me broie un peu plus de jour en jour?  

   Lorsque je m'aperçois dans un miroir, je ne me reconnais pas. De larges cernes autour des yeux rougis de tant pleurer et encore et sans cesse pleurer.

   Je n'arrive pas à faire surface ou je ne veux pas!

J'ai entendu le docteur dire à ton père -" Laissez la plonger dans sa douleur, surveillez la, mais laissez la faire son deuil. "

   Je tourne en rond dans cet appartement aux mille souvenirs, tes douze années de vie.

Surtout n'ouvrez pas les volets! La lumière m'écharde le corps à vif.

   j'ai jeté le téléphone au fond de l'armoire à linges.

Je ne sais plus parler, mes mots ne sont plus que des sanglots.

Je ne veux plus entendre l'amour qui me protège, qui veux me soutenir dans cette terrifiante épreuve.

   Toutes les odeurs me donne la nausée, ma bouche ne sait plus avaler, d'ailleurs mes mains sont incapables de me faire manger.

   Je reste longtemps dans la baignoire où seul le bain brulant calme un peu mon tourment. Lorsque j'en sors grelotante, c'est que le temps s'est écoulé---encore sans moi.

   - " Maman! Oh, pardon maman, pardon---"

Je te revois sortant des toilettes, si fragile, si pâle. Tu te blottis dans mes bras, moi l'impuissante à ton calvaire. Je ne sais que t'attendre, désespérée, derrière cette maudite porte, à chaque fois que tu t'enfermes pour vomir ton repas, ton gouter, un verre de jus de fruit.

   Le médecin na plus de mots quand je l'appelle au secours. Je sens sa gêne, aussi désarmé que moi face à cette monstrueuse maladie mentale qui te dévore avidement.

Des séjours en centre nutritionnel, isolement absolu égale déprime assurée.

En clinique pour d'épuisants examens et gavage par sonde nasale, égale le poids de la culpabilité, la balance qui condamne!

   Même le Dieu tout puissant ne pourrait pas me rendre mon fébrile rayon de soleil, l'amour de ma vie," mon enfant! "

   Déjà un mois que tes cendres reposent dans l'urne, un papillon en cristal. Je suis désolée mon amour, il ni en avait pas de noir, seulement transparent---comme toi ma douce.

   - " Sara! "

Que se passe t-il? Une chaleur soudaine me monte à la tête, mes tempes battent la chamade. Des frissons parcourent mon corps titubant. Un appel lointain,

   - " Sara! "

Je voulais fermer les stores de la baie vitrée du salon. En m'approchant de la clarté du jour je fus surprise par un magnifique arc-en-ciel. Ma pensée m'ordonnait de fuir la lumière, mais mes jambes ne m'obéissaient plus, clouée au sol je fus aspirée par les couleurs :

rouge- bleu- jaune- violet- orange- rose- blanc qui réunit l'ensemble.

   Encore cette voix suppliante, lointaine,

   - " Sara, s'il te plait ouvre les yeux, parle moi---" et je n'entendis plus rien.

   Une légende fredonnait en moi :

" L'arc-en-ciel est chemin et médiation entre l'ici bas et l'au-dessus. Ses 7 couleurs forment un pont entre l'autre monde et le notre. "

   - " Maman! Maman! "

Tu me caresses le visage, déposes un délicat baiser sur ma tête appuyé sur tes genoux. Je suis allongée dans l'herbe verte de notre jardin, et c'est ton odeur ma petite fille que je respire, intensément.

   Je m'assieds et regarde. Dans tes yeux noisettes une lueur de joie.

Tes joues rondes, ta peau rose respire la santé, la bonne santé!

   Je prends tes mains entre les miennes. Elles sont chaudes et ne portent plus la marque blessante de tes dents. (lorsque pour vomir tu enfonçais tes doigts dans ta bouche, jusque dans ta gorge meurtri par les retours fréquent des aliments )

   Je lève la tête vers mon enfant adoré, la sève de ma vie. Ton sourire paisible me traverse de bien être, m'enveloppe de bonheur, tari ma douleur. Mon âme se remplit de ton image.  

   Je murmure - " Comme je t'aime.

Tu caresses ma joue,

- " Ne t'inquiète plus, je vais mieux ici. ne te reproche pas ce qui n'a pas été fais pour me soigner. Tu m'as entouré de toute l'attention et la tendresse qui me permet aujourd'hui, de reposer en paix.

   Maman, sors de la douleur! Entends moi, ne la laisse pas te dominer, t'enlever aux tiens!

Penses à ce petit être innocent qui sommeille en toi, donne-lui la vie!

   A jamais je resterais là! "

Elle pose une main légère sur mon coeur que je couvre de la mienne, comme pour mieux garder son empreinte.
 

   - " Sara!

Lentement j'ouvre les yeux. Pierre, mon mari, me regard inquiet, malheureux, désemparé.

   - Tu m'as fait si peur. Tu t'es évanouie, j'ai cru te perdre, toi aussi---"

Ses yeux sont mouillés, tout son être vibre dans ces quelques mots. 

   Je lui sourie dans mes larmes.

    Et à toi, mon merveilleux papillon noir, tes larmes de confettis multicolores, dans mon cœur ne sont plus que des couleurs de cet

arc-en-ciel---magique.    

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